Deux têtes, qui commande ? : Le coût de l'indécision politique - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 19/01/2026 12:01:00

Deux têtes, qui commande ? : Le coût de l'indécision politique

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La scène politique sénégalaise ressemble à un théâtre mal réglé où deux acteurs prétendent écrire la même pièce sans s’être mis d’accord sur la fin. L’auteur de ces lignes juge cette dyarchie non pas comme une curiosité passagère, mais comme la manifestation d’un déficit grave de leadership collectif et d’une inexpérience gouvernementale qui exposent le pays à des erreurs stratégiques et à une incapacité manifeste à gérer les crises. Le ton est volontairement sans complaisance.

Depuis l’investiture, les signaux venant des plus hautes sphères de l’exécutif montrent une divergence croissante entre le Premier ministre et le Président. La parole publique se dédouble, les annonces se chevauchent, et les services de l’État peinent à comprendre qui fixe l’agenda. Cette situation s’inscrit dans une coalition encore fragile, marquée par des promesses électorales pressées et par l’ascension rapide de personnalités politiques plus romanesques que rodées aux rouages de l’administration. Le résultat est une cacophonie perceptible jusque dans les chancelleries étrangères.

La dyarchie révèle d’abord un manque de coordination stratégique. Lorsqu’il existe deux centres de décision, la conduite des politiques publiques devient erratique, les priorités se contredisent, et les responsables techniques hésitent avant d’agir. Ensuite, l’expérience gouvernementale fait défaut : des ministères clés restent sans cap clair, la conduite budgétaire manque de continuité, et les arbitrages indispensables sont retardés par des luttes de prestige. Enfin, la capacité à gérer une crise — qu’elle soit sociale, économique ou sécuritaire — dépend d’une chaîne de commandement claire, absente quand l’exécutif se divise. La démocratie souffre quand l’efficacité administrative s’effrite.

L’absence de leadership collectif produit des conséquences concrètes. Les décisions à effet long terme, comme les réformes fiscales ou la relance des investissements, exigent cohérence et patience; la rivalité politique favorise les coups d’éclat au détriment des choix structurants. La polarisation interne fragilise la coalition et augmente le risque d’improvisation lors d’impacts exogènes, par exemple une crise alimentaire ou une flambée des prix de l’énergie. Les exemples étrangers sont parlants : un État bicéphale, comme celui qui a sombré dans l’impuissance au moment d’une crise sanitaire, montre combien l’indécision peut coûter cher. À l’inverse, des exécutifs resserrés et expérimentés ont su amortir les chocs sans sacrifier la crédibilité nationale.

Suivant l’angle choisi, la dyarchie n’est pas un simple désaccord de bureau mais la preuve d’une équipe gouvernementale qui n’a pas su se forger un leadership collectif. L’inexpérience se lit dans les incohérences de communication, dans les nominations controversées et dans l’absence d’une stratégie intégrée de développement. Le pays est ainsi exposé à des erreurs stratégiques : décisions prises sous la pression médiatique, mauvais arbitrages budgétaires et incapacité à piloter des crises complexes. La scène politique y perd sa boussole, la population perd la confiance, et l’action publique s’en trouve paralysée.

Les observateurs notent une hausse des déclarations contradictoires depuis plusieurs mois, accompagnée d’une baisse des signaux d’investissement privé. Les agences chargées de l’économie signalent des retards dans l’adoption des textes structurants et des tensions au sein des services ministériels. Une comparaison avec des États régionaux montre que la stabilité exécutive favorise une meilleure absorption des fonds internationaux et une gestion plus rapide des catastrophes climatiques. Ces éléments renforcent l’hypothèse d’un coût tangible à la dyarchie.

La dyarchie sénégalaise n’est pas une simple joute d’ego ; elle révèle un manque de leadership collectif et une inexpérience gouvernementale qui mettent le pays en position de faiblesse face aux défis urgents. Tant que la direction politique ne recoudra pas une feuille de route commune et n’assurera pas une chaîne de commandement claire, les erreurs stratégiques se multiplieront et la capacité de gérer les crises restera compromise. Le temps des disputes publiques doit céder le pas à l’exigence d’une gouvernance efficace et responsable.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Pape Diop.
Mis en ligne : 19/01/202
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