Révision constitutionnelle : Risque d’un pouvoir sans freins - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 19/01/2026 03:01:30

Révision constitutionnelle : Risque d’un pouvoir sans freins

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L’annonce d’une révision constitutionnelle par le président Bassirou Diomaye Faye suscite plus d’inquiétude que d’espoir dans l’esprit de nombreux citoyens. Le ton de cette prise de parole laisse entrevoir une ambition de remodeler les institutions, mais la démarche risque d’éroder la séparation des pouvoirs. L’auteur prend ici position contre cette initiative, convaincu que toucher à la Constitution sans garanties solides revient à affaiblir les contre-pouvoirs indispensables à toute démocratie vivante.

Le président a évoqué des réformes politiques et institutionnelles, dont la refonte de la Constitution et un nouveau Code électoral, lors d’un discours national de fin d’année. Ces projets interviennent après une période de forte centralisation décisionnelle et d’impasses politiques qui fatiguent la société. La perspective d’une nouvelle loi fondamentale apparaît dans ce climat comme une réponse autoritaire plutôt que comme un effort de rééquilibrage démocratique, surtout si le calendrier et les modalités restent flous.

La Constitution joue le rôle de garde-fou entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire, et toute modification doit renforcer ces verrous, non les diminuer. Or la logique présidentielle laisse craindre l’inverse. Quand un pouvoir propose sa propre refonte des règles du jeu sans réelle consultation indépendante, la tentation d’adapter la Constitution à des intérêts immédiats devient forte. La concentration des pouvoirs peut se traduire par des présidences prolongées, des compétences législatives accrues au bénéfice de l’exécutif ou par des nominations judiciaires soumises à des critères politiques. De fait, la République se retrouve alors moins comme un équilibre et plus comme un empilement de décisions autour d’une seule personne.

Premièrement, la mécanique institutionnelle est fragile lorsque les contrôles sont amoindris. Le rôle du Parlement, celui des tribunaux et la liberté de la presse deviennent de simples accessoires si l’exécutif obtient des marges de manœuvre constitutionnelles élargies. Ce glissement prive les citoyens d’un arbitrage impartial en cas de conflit politique. Deuxièmement, l’absence de transparence dans l’élaboration d’un nouveau texte nourrit la défiance. Une révision menée en catimini ou sous pression majoritaire transforme la Constitution en instrument de pouvoir plutôt qu’en pacte social. Troisièmement, l’histoire locale et internationale offre des exemples inversés : certains États qui ont modifié leurs lois fondamentales sans contrepoids ont vu s’installer une dérive autoritaire sur plusieurs mandats, tandis que d’autres qui ont renforcé l’indépendance judiciaire ont préservé une alternance apaisée.

La menace principale tient à la simplification du système de freins et contrepoids. La révision annoncée risque de conférer à l’exécutif des prérogatives qui étaient auparavant partagées, comme la capacité de dissoudre des institutions ou de contrôler les nominations clés. Si le président obtient la latitude de remodeler le Code électoral à son avantage, la compétition politique perdra son impartialité. La comparaison avec des régimes voisins montre que la modification des règles de succession ou des scrutins peut transformer durablement le paysage politique, exactement comme une mauvaise soudure peut faire rompre une chaîne. Autre comparaison utile : imaginer une maison dont on enlève les colonnes porteuses pour agrandir la pièce ; le résultat peut sembler confortable à court terme, mais le risque d’effondrement augmente.

Des études comparatives publiées par des observatoires africains montrent que les révisions constitutionnelles impulsées par l’exécutif aboutissent souvent à une concentration du pouvoir dans 60 à 70 % des cas étudiés sur vingt ans. Les observateurs juridiques recommandent des procédures référendaires limpides, la saisine d’instances constitutionnelles indépendantes et la publication d’évaluations d’impact institutionnel avant tout vote. Sans ces garde-fous, la loi fondamentale devient un texte malléable au gré des majorités du moment.

La révision de la Constitution annoncée par le président comporte un risque réel de centralisation du pouvoir exécutif et d’affaiblissement des contre-pouvoirs. En l’absence de transparence, d’indépendance judiciaire et de mécanismes de participation citoyenne, la réforme pourrait transformer la démocratie en apparence en autoritarisme en réalité. Il faut que la protection des équilibres institutionnels prime sur les ambitions personnelles, faute de quoi la République perdra son sens et la population paiera la facture.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 19/01/202
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