Attractivité universitaire : Le décalage entre discours ministériel et réalités - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Education | Par Eva | Publié le 20/01/2026 05:01:45

Attractivité universitaire : Le décalage entre discours ministériel et réalités

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La défense des universités sénégalaises par le ministère sonne aujourd’hui creux face aux départs d’enseignants-chercheurs vers la Guinée. Présenter des « rémunérations parmi les plus élevées » comme bouclier suffit-il à masquer la précarité réelle des conditions de travail et l’exode discret des cerveaux ? L’auteur adopte une posture critique, examinant d’une part la communication ministérielle et, d’autre part, la réalité économique qui pousse les chercheurs à chercher ailleurs.

Le ministère rappelle l’exclusivité de l’emploi public et évoque un protocole de coopération entre les gouvernements organisant la mobilité des enseignants et des étudiants. Il met en avant la réputation des universités publiques et vante des salaires attractifs. Pendant ce temps, contrats à durée limitée, charges d’enseignement lourdes et moyens de recherche insuffisants alimentent un malaise profond dans les départements. Le débat dépasse la légalité des transferts : il s’agit de la capacité du système à retenir ses talents.

L’affirmation selon laquelle les salaires seraient parmi les plus élevés de l’espace francophone apparaît vite comme un écran de fumée. Quand la recherche dépend de laboratoires sous-équipés et de financements dispersés, un bulletin de paie flatteur ne compense pas l’absence de conditions de travail décentes. Le recrutement externe par contrat révèle un besoin réel : des enseignants capables d’assurer enseignements et projets que le système peine à financer. Chercher un complément de revenu ou une stabilité à l’étranger devient compréhensible lorsque les primes sont rares et les avancements stagnants.

Le manque d’infrastructures freine la recherche tout autant que la rémunération. Un enseignant-chercheur qui doit financer ses déplacements ou ses consommables trouve vite moins d’intérêt à rester si l’université ne garantit ni matériel ni soutien administratif. Lorsque les vacations irrégulières constituent une part importante du salaire, la sécurité financière s’érode. Comparé à des institutions privées ou étrangères, un salaire légèrement inférieur mais accompagné d’un laboratoire fonctionnel et d’un bureau dédié peut être plus attractif que des émoluments élevés sans environnement professionnel. Les pays voisins qui investissent dans la recherche offrent des perspectives de carrière plus claires, attirant naturellement les profils mobiles.

Le discours ministériel ignore les contrats précaires, les tâches administratives non reconnues et les retards de paiement qui affectent le pouvoir d’achat des enseignants-chercheurs. En éludant ces problèmes, l’administration transforme sa défense d’image en déni de responsabilité. Les spécialistes interrogés citent des exemples concrets : collaborations interrompues faute de moyens, appels à projets non financés, surcharge d’heures d’enseignement réduisant le temps consacré à la publication.

Dans d’autres universités de la sous-région, fidéliser le personnel passe par un mix de rémunération, accès aux équipements et perspectives de carrière claires, confirmant que la seule annonce de salaires élevés ne suffit pas. La problématique est aussi celle de la gouvernance : sans plan pluriannuel d’investissement, les efforts salariaux restent marginaux face au besoin structurel de modernisation.

La communication ministérielle ressemble à une tentative de curation d’image là où une réforme s’impose. Évoquer des rémunérations avantageuses sans garantir des conditions de travail décentes équivaut à colmater une brèche avec une rustine. Si l’objectif est de retenir les chercheurs, il faudra combiner rémunération, infrastructures, stabilité contractuelle et perspectives de carrière, au lieu de se réfugier derrière une affirmation séduisante mais insuffisante. Les universités méritent une stratégie qui cesse de maquiller la réalité et s’attaque aux causes profondes de l’exfiltration des talents.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Henry Faye.
Mis en ligne : 20/01/202
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