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Ousmane Sonko a annoncé à Kaolack que la Sonacos achèterait près de 500 000 tonnes d’arachide pour soulager les producteurs, promettant une injection de 50 à 75 milliards de francs pour renforcer l’entreprise. L’annonce intervient en pleine campagne de commercialisation dans le bassin arachidier, alors que les récoltes peinent à trouver preneur et que les agriculteurs réclament des débouchés et des paiements rapides. La promesse soulève cependant des interrogations sur la capacité opérationnelle réelle de la Sonacos.
La filière arachidière représente une part importante de l’économie rurale dans les régions concernées, avec des volumes variables selon les saisons et les conditions climatiques. La Sonacos est chargée depuis des décennies d’acheter, de transformer et de stocker une large partie de la production nationale, mais elle a connu des épisodes récents de difficultés financières et logistiques. Les besoins de trésorerie pour l’achat de grandes quantités d’arachide sont élevés, et les infrastructures de stockage, de manutention et de paiement sont sollicitées au plus haut point lors des campagnes.
L’engagement d’achat annoncé par le chef du gouvernement suppose une capacité d’acquisition et de paiement rapide. Le chiffrage évoqué — près de 500 000 tonnes — se traduit par des exigences logistiques considérables : réception des camions, contrôle qualité, séchage éventuel, stockage en silos ou hangars, puis versement des producteurs. Les spécialistes interrogés par des médias locaux mettent en avant des contraintes pratiques. La Sonacos doit mobiliser des fonds pour régler les producteurs, mais elle doit aussi assurer la chaîne d’approvisionnement jusqu’aux points d’exportation ou de transformation. Le parc de stockage ancien de l’entreprise présente selon certains rapports des signes d’obsolescence, ce qui augmente le risque de pertes post-récolte et de détérioration de la qualité.
Les éléments concrets qui jettent un doute sur la faisabilité incluent l’écart entre la capacité financière déclarée et les besoins réels de trésorerie lors des pics d’achat, l’état des infrastructures de stockage, et la longueur des procédures administratives pour débloquer des crédits publics. Des précédentes campagnes ont montré des retards de paiement aux producteurs et des stocks immobilisés pendant des mois, ce qui a pesé sur la confiance des agriculteurs. En comparaison avec une entreprise privée régionale spécialisée dans les oléagineux, la Sonacos affiche une organisation moins flexible pour mobiliser rapidement des financements commerciaux. À l’échelle internationale, des coopératives comparables ont eu recours à des mécanismes de préfinancement et d’assurance stockage pour sécuriser l’achat massif, dispositifs qui ne semblent pas pleinement opérationnels chez la Sonacos.
Les experts pointent la préparation interne comme un maillon faible : absence d’un plan clair de réception et d’acheminement des 500 000 tonnes, défaut d’outils informatiques de traçabilité et retard dans la rénovation des silos. Les risques se traduisent par des coûts supplémentaires pour l’État et par une exposition accrue des producteurs à des retards de paiement. Une hypothèse réaliste consiste à envisager que la Sonacos ne puisse absorber immédiatement l’intégralité des volumes promis, ce qui contraindra l’entreprise à recourir à des achats échelonnés, à des sous-traitants privés ou à des arrangements financiers temporaires.
Des chiffres disponibles sur les campagnes précédentes révèlent des variations annuelles de production et des écarts entre volumes annoncés et volumes effectivement achetés. Les coûts de stockage par tonne et les délais de paiement moyens dans la région servent de référence pour estimer l’effort financier nécessaire. Une comparaison avec la capacité de stockage nationale et avec les besoins logistiques montre un décalage probable entre l’objectif d’achat et la capacité opérationnelle immédiate de la Sonacos.
L’annonce d’achat de près de 500 000 tonnes par la Sonacos vise à rassurer les producteurs, mais les données sur la trésorerie, les infrastructures et la chaîne logistique laissent planer un doute sérieux sur la mise en œuvre effective. Les précédents retards de paiement et l’état des équipements interpellent sur la capacité de l’entreprise à gérer un afflux massif de récoltes sans mesures complémentaires. La suite dépendra des décisions financières et opérationnelles qui seront prises pour aligner la promesse sur la réalité logistique.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Sokhna Momy.
Mis en ligne : 18/01/2026
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