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Le député Thierno Alassane Sall a dénoncé un détournement présumé de 37 milliards de FCFA lié à un programme d’électrification rurale piloté par l’Agence Sénégalaise d’Électrification Rurale (ASER) et l’entreprise espagnole AEE Power EPC. Lors d’une tournée dans la région de Kaffrine, il a visité les villages de Yalale Diacké, Sombe Diacké et Beussal Wolof dans le département de Birkilane pour constater l’état des installations. Il affirme que les fonds versés par la banque Santander n’ont produit aucun effet tangible sur le terrain.
Le financement évoqué concerne un programme annoncé pour électrifier 1 740 villages répartis dans les régions de Kaffrine, Kédougou, Louga, Saint‑Louis et Tambacounda. Les 37 milliards de FCFA mobilisés correspondent approximativement à 21,26 millions de FCFA par village si l’on rapporte la somme au nombre de localités visées. Le dossier implique l’ASER, la société AEE Power EPC et un décaissement effectué par l’établissement bancaire Santander. Thierno Alassane Sall s’est fait accompagner par le député Adama Diallo et le chroniqueur Abdou Nguer lors de sa visite des localités de Birkilane.
Les éléments factuels contenus dans la tournée méritent un examen serré. Sur le plan matériel, plusieurs villages visités restent privés d’électricité malgré les annonces et les financements. Le parlementaire a interpellé le directeur général de l’ASER, Jean Michel Sène, et demandé des comptes sur l’utilisation des fonds. Il a qualifié l’affaire de « scandale » et a réclamé des sanctions en cas de détournement. Le périmètre réel des travaux exécutés n’a pas été documenté pendant la visite : aucun procès‑verbal de réception, aucun rapport d’avancement technique ou preuve de raccordement n’a été présenté au public durant les inspections rapportées. Aucun communiqué de l’ASER ou d’AEE Power EPC rendant compte des étapes accomplies n’a été mentionné lors des déclarations du député.
Plusieurs faits factuels affaiblissent la mise en scène politique décrite par la tournée. La visite s’est concentrée sur quelques villages d’un seul département alors que le projet couvre cinq régions, ce qui rend la généralisation des constats difficile. Le décaissement de 37 milliards de FCFA existe dans les déclarations du député, mais l’absence de documents publics sur la traçabilité des dépenses empêche de confirmer un détournement. L’absence remarquée de députés de la majorité lors de la tournée a été signalée par le parlementaire, mais cette absence n’équivaut pas à une preuve d’obstruction administrative ou judiciaire. Le projet visant 1 740 villages offre un cadre chiffré qui permet de comparer la somme engagée au nombre de localités concernées ; le ratio financier évoqué soulève des questions sur le coût unitaire, sans pour autant constituer une preuve d’irrégularité.
La constitution d’un portrait hâtif de Thierno Alassane Sall en héros moral repose sur la visibilité médiatique de son action mais omet des éléments factuels essentiels. Les visites ont fourni des photos et des témoignages locaux, mais elles n’ont pas livré de documents techniques, de bordereaux de paiement ou d’expertises indépendantes pour attester d’un détournement. Cette absence de pièces publiques fragilise la crédibilité de l’enquête menée par le député, puisque les accusations lourdes exigent des pièces comptables, des rapports de contrôle et des réponses officielles des acteurs concernés. Comparer la taille du financement et le nombre de villages montre une disproportion qui alimente l’indignation, tandis que comparer la couverture géographique du projet et le périmètre de la tournée révèle une portée limitée à la démonstration.
Des éléments complémentaires utiles au public incluent la liste officielle des marchés passés par l’ASER, les calendriers d’exécution des travaux, les rapports de contrôle de la Cour des comptes et les attestations de raccordement délivrées par les fournisseurs d’énergie locale. La publication des bordereaux bancaires ou des justificatifs de paiement permettrait de confronter l’affirmation de décaissement à des pièces financières. À défaut de ces documents, les constats de terrain restent incomplets pour établir formellement une malversation.
Les faits rapportés montrent des villages toujours sans électricité et une accusation publique contre l’ASER et AEE Power EPC fondée sur un montant de 37 milliards de FCFA. Les inspections locales apportent des éléments concrets mais ne fournissent pas les preuves comptables et techniques nécessaires pour confirmer un détournement. La disproportion entre l’échelle financière et la portée de la visite, ainsi que l’absence de documents officiels présentés publiquement, affaiblissent la solidité factuelle du portrait moral promu par l’initiative politique. Les pièces manquantes restent déterminantes pour transformer l’alerte en dossier probant.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Babacar Kane.
Mis en ligne : 21/01/2026
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