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Les images tournées dans le sous-sol du bar Le Constellation à Crans-Montana la nuit du Nouvel An ont cristallisé une réaction publique vive : sur les vidéos, des jeunes rient, dansent et filment alors que le feu gagne le plafond. Quarante personnes sont mortes et cent seize ont été blessées dans l’incendie ; ces chiffres factuels pèsent contre l’évidence des séquences partagées en ligne. Les portraits dressés par certaines couvertures médiatiques et par une partie de l’opinion publique caricaturent ces personnes en irresponsables, un angle qui détourne l’attention des défaillances structurelles et des manquements institutionnels constatés autour de l’établissement.
Le bilan officiel totalise quarante décès et cent seize blessés, parmi lesquels plusieurs grands brûlés pris en charge par des services spécialisés. Le feu s’est propagé très rapidement au plafond du sous-sol où se trouvait la piste, rendant l’évacuation difficile. Des contrôles antérieurs avaient signalé des irrégularités dans l’établissement ; la commune a reconnu un manquement aux contrôles, et des inspections ont été annoncées dans d’autres lieux nocturnes après le drame. Des vidéos postées le soir montrent des comportements variés : certains se déplacent immédiatement, d’autres filment ou restent assis, le chaos se mêlant à la confusion.
La focalisation sur les images individuelles masque des éléments vérifiables qui expliquent le déroulement de la catastrophe. Des défauts de sécurité matériels, des procédures d’évacuation inexistantes ou mal affichées, et des contrôles administratifs lacunaires ont été signalés par des sources locales. Les caractéristiques du lieu — sous-sol, plafond bas, issues peut-être insuffisantes — figurent parmi les facteurs qui ont amplifié la violence des flammes et limité les possibilités de sortie. Des études sur les évacuations montrent que les premières secondes et minutes sont déterminantes : le temps de réaction collectif tend à être retardé par l’ambiguïté et par l’observation des autres. La journaliste Amanda Ripley a théorisé ce phénomène sous l’expression « biais de normalité », qui renvoie à la propension humaine à classer un signal inquiétant comme familier avant d’agir.
La mise en avant quasi-exclusive des vidéos de fête produit plusieurs effets documentables. Premièrement, l’attention médiatique orientée vers les comportements individuels détourne la discussion publique des inspections de sécurité et des responsabilités réglementaires qui peuvent être établies à l’encontre des exploitants ou des autorités locales. Deuxièmement, la stigmatisation d’un groupe réduit la capacité à analyser comment l’organisation du lieu et les défauts de gestion ont contribué au bilan humain. Troisièmement, la publication rapide d’images sans contextualisation empêche souvent la vérification des chronologies et des conditions matérielles présentes au moment du départ du feu, ce qui peut mener à des interprétations erronées sur la causalité des pertes humaines.
En caricaturant les personnes présentes comme des irresponsables, plusieurs récits médiatiques et publications sur les réseaux sociaux ont privilégié des portraits individuels faciles à consommer plutôt que des enquêtes sur la chaîne de responsabilités. Cette instrumentalisation s’observe quand les titres et les commentaires insistent sur le smartphone plutôt que sur l’absence de sorties de secours conformes ou sur des rapports antérieurs évoquant des risques. Deux comparaisons éclairent le problème : la focalisation sur les comportements rappelle la tendance à blâmer les victimes dans d’autres catastrophes, et la priorisation des images virales reproduit la logique médiatique qui valorise l’émotion au détriment de l’enquête technique. Les faits disponibles montrent que des manquements administratifs ont précédé l’incendie et que l’analyse complète nécessite d’examiner les normes de sécurité et les inspections réalisées avant l’accident.
Des rapports d’incendie internationaux indiquent que les lieux clos avec faible évacuation naturelle multiplient les risques de mortalité lors d’un embrasement rapide. Le National Institute of Standards and Technology a étudié des comportements d’évacuation lors d’événements majeurs et documenté des délais d’action liés à la recherche d’informations et à l’imitation sociale. Les autorités locales ont annoncé des contrôles supplémentaires dans les établissements de nuit après l’incident, et des enquêtes judiciaires sont en cours pour établir les responsabilités techniques et administratives. Les chiffres sanitaires concernant les brûlures graves confirment la lourdeur des soins et la nécessité d’une prévention renforcée pour limiter des trajectoires identiques à l’avenir.
Les images choquantes ont servi de raccourci narratif : elles permettent d’assigner des visages à la faute sans toujours examiner les causes tangibles du drame. Les constats techniques et administratifs disponibles montrent des failles qui dépassent les comportements individuels et qui ont contribué au bilan tragique. En prenant appui sur des rapports, des inspections et des études internationales, la perspective factuelle met en évidence l’urgence d’enquêtes complètes et de mesures de prévention, plutôt que l’angélisme réducteur ou la diabolisation des personnes filmées pendant les premières minutes de l’incendie.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Catherine B.
Mis en ligne : 23/01/2026
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