Sonko face à la pression internationale : Le choix risqué du Sénégal - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Eva | Publié le 24/01/2026 08:01:00

Sonko face à la pression internationale : Le choix risqué du Sénégal

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Le Sénégal se trouve aujourd’hui à un carrefour économique et social délicat. Le Premier ministre Ousmane Sonko a réaffirmé, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue mauritanien, que le Sénégal refusait catégoriquement toute restructuration de sa dette, malgré les pressions extérieures et les signaux d’alerte de plus en plus nombreux.

« Nous ne pouvons pas comprendre qu’on veuille nous imposer une restructuration dans ces conditions », a-t-il déclaré, soulignant que cette position était celle de l’ensemble du gouvernement et du Président de la République. Si cette fermeté peut sembler louable à première vue, elle cache en réalité des risques majeurs pour l’économie nationale, les services publics et, surtout, les ménages les plus vulnérables.

La dette publique sénégalaise atteint désormais 132 % du PIB, selon le FMI, et le service de la dette devrait absorber plus de 5 500 milliards de FCFA en 2026, soit l’équivalent de deux mois de recettes fiscales. Les Eurobonds sénégalais ont perdu environ 20 % de leur valeur en trois mois, et les marchés financiers anticipent déjà un défaut de paiement à court terme. Face à cette situation, le gouvernement mise sur une consolidation budgétaire drastique, visant à réduire le déficit de 13,4 % en 2024 à 3 % en 2027. Mais cette stratégie, si elle permet de rassurer les créanciers, se fait au détriment des dépenses sociales et des investissements publics, essentiels pour soutenir la croissance et protéger les populations les plus fragiles.

Refuser la restructuration, c’est choisir de maintenir un fardeau insupportable pour les finances publiques. Les économistes s’accordent à dire que le Sénégal fait face à un « mur de la dette » : en mars 2026, le service de la dette atteindra un pic record de 747 milliards de FCFA, soit plus que les recettes fiscales combinées de février et mars. Dans ces conditions, le gouvernement n’a d’autre choix que de réduire les dépenses, notamment dans les secteurs sociaux, et d’augmenter les taxes, ce qui pèse directement sur le pouvoir d’achat des ménages et freine la relance économique. Les coupes budgétaires déjà engagées ont permis de réduire le déficit, mais à quel prix ? Les services publics, déjà fragilisés, risquent de s’affaiblir davantage, et les inégalités de se creuser.

Plusieurs pays africains, comme la Zambie ou le Ghana, ont opté pour une restructuration de leur dette sous l’égide du FMI. Ces exemples montrent qu’une approche ordonnée permet de gagner du temps, de réduire la pression sur les budgets nationaux et de libérer des ressources pour l’investissement et la protection sociale. Au Sénégal, le refus de restructurer pourrait, à l’inverse, conduire à une asphyxie budgétaire, avec des conséquences dramatiques : baisse des subventions à l’énergie, réduction des dépenses de santé et d’éducation, et aggravation de la précarité. Les analystes soulignent que sans accord avec le FMI, le pays pourrait se retrouver dans une impasse financière dès mars 2026, avec un risque accru de crise sociale.

La Zambie, après avoir restructuré sa dette, a vu sa note remontée par les agences de notation et a pu bénéficier d’un nouveau programme d’aide du FMI. Le Ghana, quant à lui, a évité le défaut grâce à une renégociation de ses créances. À l’inverse, le Sénégal, en refusant toute discussion, s’expose à une dégradation continue de sa situation économique, avec des répercussions directes sur la stabilité politique et sociale. Les comparaisons avec d’autres pays montrent que la restructuration, bien que douloureuse, peut offrir une bouffée d’oxygène et permettre de relancer l’économie sur des bases plus saines.

Le gouvernement sénégalais défend sa position au nom de la souveraineté et de la fierté nationale. Pourtant, en refusant de restructurer sa dette, il prend le risque d’aggraver la vulnérabilité des ménages pauvres et de compromettre les efforts de développement à long terme. La viabilité de la dette ne se mesure pas seulement à la capacité de rembourser, mais aussi à la capacité de protéger les populations et de garantir un avenir économique stable. Dans un contexte déjà fragile, la rigidité actuelle pourrait bien coûter plus cher que la flexibilité.

En définitive, la question n’est pas seulement économique, mais aussi sociale et politique. Le Sénégal a tout à gagner à engager des négociations sérieuses avec ses créanciers, afin d’éviter une crise plus profonde et de préserver les acquis sociaux. Refuser la restructuration, c’est peut-être éviter une « honte » à court terme, mais c’est aussi hypothéquer l’avenir de millions de Sénégalais.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 24/01/20
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