Deux stars naturalisées : La Guinée face au risque d’abus institutionnel - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - People | Par Eva | Publié le 24/01/2026 08:01:00

Deux stars naturalisées : La Guinée face au risque d’abus institutionnel

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

Meagan Good et Jonathan Majors ont reçu le 9 janvier 2026 la citoyenneté guinéenne et des passeports diplomatiques lors d’une cérémonie à Conakry au parc du Lac Gbassikolo, après des tests ADN ayant révélé des origines en Guinée. La remise officielle s’est faite en présence de responsables gouvernementaux, dont Djiba Diakité, directeur de cabinet de la Présidence, qui a déclaré « vous faites partie des dignes fils et filles de cette Guinée ». L’acte rapproche des stars et le pays, mais il soulève aussi des questions pratiques sur les règles et les contrôles administratifs entourant l’octroi de statuts diplomatiques.

La Guinée, comme plusieurs États africains, dispose d’un régime de naturalisation et d’un protocole pour la délivrance de passeports, y compris des passeports diplomatiques attribués traditionnellement aux agents de l’État et à des personnalités exerçant des fonctions publiques. Les passeports diplomatiques confèrent des privilèges tels que l’immunité ou des facilités consulaires selon la Convention de Vienne de 1961, ratifiée par de nombreux pays. Les tests ADN sont de plus en plus utilisés pour retracer des liens de filiation et pour motiver des démarches de citoyenneté dans le monde, mais leur usage ne remplace pas nécessairement des procédures administratives détaillées et des vérifications documentaires classiques.

La pratique d’attribuer des passeports diplomatiques à des célébrités pose un risque institutionnel mesurable quand les critères d’octroi manquent de publicité ou de cadrage légal. Dans plusieurs pays, des affaires médiatisées ont montré des cas d’abus de passeports spéciaux donnant lieu à des facilités fiscales, à des déplacements non contrôlés ou à des controverses diplomatiques. La nature même du passeport diplomatique, qui peut ouvrir droit à des immunités pour des missions officielles, exige une définition claire des motifs d’octroi, des limites temporelles et des procédures de révocation. Les autorités guinéennes ont communiqué l’événement comme un geste symbolique de reconnaissance culturelle et de promotion touristique, sans pour autant publier immédiatement les critères administratifs précis ayant motivé l’octroi.

Les documents publics disponibles après la cérémonie ne mentionnent pas de texte légal ou de décision écrite explicitant les conditions de la naturalisation accélérée et de la remise des passeports diplomatiques, ce qui crée un déficit de traçabilité administrative. L’absence de transparence rend difficile la vérification des procédures de contrôle d’identité, des vérifications de sécurité et des motifs officiels de l’attribution du statut diplomatique. Les cas comparables ailleurs ont donné lieu à des enquêtes parlementaires ou à des réformes quand des passeports spéciaux ont été perçus comme des outils d’impunité; une comparaison avec des dossiers antérieurs montre que la publication des critères et des actes administratifs réduit le risque d’abus. Une autre comparaison, entre la remise de passeports à des diplomates de carrière et à des personnalités publiques, met en lumière la différence de finalité entre mission d’État et représentation symbolique.

Le choix d’attribuer des passeports diplomatiques à des acteurs rend nécessaire la clarification des contrôles administratifs et de la responsabilité publique, y compris la publicité des décisions et l’accès aux textes motivant l’octroi. Les enjeux comprennent la sécurité nationale, la conformité aux obligations internationales et la prévention d’un sentiment d’impunité. Les autorités qui souhaitent promouvoir le patrimoine culturel par le biais de personnalités peuvent le faire sans nécessairement conférer des statuts qui portent des privilèges diplomatiques, ou bien en limitant ces statuts par des mandats clairs et temporaires.

Des exemples internationaux montrent que certaines administrations exigent une résidence minimale, des preuves de contribution culturelle ou des missions officielles écrites pour conférer des passeports spéciaux, tandis que d’autres émettent des certificats honorifiques sans avantages diplomatiques. Les traités internationaux laissent une marge de manœuvre aux États, mais les obligations de transparence et de responsabilité restent inscrites dans les normes de bonne gouvernance recommandées par des organismes internationaux.

La remise de la citoyenneté et de passeports diplomatiques à Meagan Good et Jonathan Majors est un geste symbolique aux retombées médiatiques positives pour la Guinée, assorti d’un programme touristique prévu. Les faits publics montrent toutefois un manque d’informations sur les critères et les contrôles administratifs qui ont encadré cet octroi, ce qui alimente des interrogations légitimes sur les risques d’abus et d’impunité liés aux passeports diplomatiques. Une publication claire des décisions et des motifs administratifs permettrait de concilier visibilité culturelle et garanties institutionnelles.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Karamo S.
Mis en ligne : 24/01/2026

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top