Dette publique en UEMOA : Une hausse inquiétante au-delà des chiffres - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Eva | Publié le 31/01/2026 10:01:40

Dette publique en UEMOA : Une hausse inquiétante au-delà des chiffres

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En 2025, les États de l’Union économique et monétaire ouest-africain ont levé 11 858,8 milliards de francs CFA sur le marché des titres publics de la zone, contre 8 127 milliards en 2024, soit une hausse de plus de 45,9%. Les Bons assimilables du Trésor ont représenté 6 036,9 milliards et les Obligations assimilables du Trésor 5 822,6 milliards; la Côte d’Ivoire a mobilisé 5 149,1 milliards.

Je lis ces chiffres avec une inquiétude froide. À première vue la mobilisation massive de ressources ressemble à une réussite de gestion de trésorerie et à une confiance des investisseurs domestiques. Je pense pourtant que cette frénésie d’émission masque une pente dangereuse: l’accélération de la dette sur le marché intérieur fragilise la soutenabilité budgétaire et approche les États d’une zone d’instabilité financière qui pourrait devenir rapidement politique.

L’encours du marché des titres publics a atteint 21 629,3 milliards de francs CFA en 2025, contre 17 902 milliards en 2024, et les remboursements se sont élevés à 9 275,4 milliards pendant l’année.

Je commence par poser une évidence souvent éludée: lever des fonds n’est pas identique à créer de la richesse productive. Lorsqu’un État lève 11 858,8 milliards, il augmente ses obligations futures. Le cœur du problème se situe dans la vitesse et la destination de ces ressources. Si une part significative finance des investissements productifs, la dette peut être soutenable; si elle couvre des déficits récurrents, la mécanique devient périlleuse. Dans la plupart des cas observables dans la région, je vois peu d’indices d’une transformation structurelle à la hauteur des montants mobilisés. Les recettes fiscales restent insuffisantes, la base d’imposition reste étroite, et la croissance effective peine à suivre le rythme des émissions.

La concentration des émissions sur les Bons assimilables du Trésor interroge la durée et le coût de la dette. Ces instruments, souvent à court terme, exposent l’État à un renouvellement fréquent des emprunts et à la sensibilité aux variations de taux. Si les taux montent, le service de la dette s’alourdit rapidement. J’observe aussi un risque de crowding out: lorsque les États absorbent les capacités d’épargne locales, les entreprises privées trouvent plus difficilement du financement, ce qui freine l’investissement privé et compromet la croissance future.

L’exemple de la Côte d’Ivoire, qui a levé plus de 5 149 milliards, illustre la contradiction. La comparaison avec des pays qui n’ont mobilisé que quelques centaines de milliards montre deux modèles: l’un fondé sur des besoins d’investissement ambitieux, l’autre sur des besoins de financement courant. Ces deux trajectoires ne mènent pas au même endroit. Le plus alarmant reste la tendance régionale: un encours en hausse de près de 21,6 billions signifie que la zone dans son ensemble voit s’accumuler des obligations dont la charge monétaire pourra peser lourd sur les budgets sociaux.

Je crains une fragilité supplémentaire liée à la dépendance aux investisseurs locaux et à la taille limitée des marchés financiers nationaux. Un choc de confiance, une hausse rapide des taux ou une détérioration macroéconomique pourraient provoquer un étranglement du refinancement. J’imagine une chaîne: hausse des taux, augmentation du service de la dette, compression des dépenses publiques, gel des investissements, montée des tensions sociales. La mémoire collective des crises budgétaires nous enseigne que ces enchaînements s’enveniment vite.

La soutenabilité dépend d’indicateurs simples: rapport dette/PIB, part du budget absorbée par le service de la dette, et qualité des dépenses financées. Les chiffres publiés montrent une explosion des volumes sans preuve concomitante d’amélioration durable des recettes ou d’efficacité des dépenses. Je remarque aussi l’absence d’une régulation régionale stricte sur la maturité et la transparence des émissions, ce qui augmente le risque systémique. Une comparaison avec des pays émergents qui ont limité les émissions à court terme révèle des trajectoires moins volatiles; une autre comparaison avec des États qui ont priorisé la mobilisation de recettes intérieures via la réforme fiscale montre des marges de manœuvre respectables que la zone UEMOA ne semble pas exploiter.

Les remboursements de 9 275,4 milliards en 2025 donnent une idée de la rotation des dettes mais pas de la capacité de substitution sans effort budgétaire majeur. Le recours aux marchés locaux peut sembler vertueux, mais il est trompeur si l’on oublie la fragilité des économies sous-jacentes et la faiblesse des amortisseurs fiscaux.

Je soutiens que la montée fulgurante des levées sur le marché des titres publics est une alarme. Sans réformes fiscales ambitieuses, sans priorisation claire des investissements productifs et sans meilleure gouvernance des maturités, la zone s’expose à un surendettement qui transformera des succès ponctuels en crise budgétaire. Il faudra choisir entre l’illusion de la liquidité et la vraie sécurité des finances publiques; je parie sur la prudence et sur des mesures qui restaurent la crédibilité budgétaire avant que la pression des échéances ne dicte la politique publique.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Papa Gueye.
Mis en ligne : 31/01/2026

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