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Le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a décidé en Conseil des ministres que la 66e célébration de l’indépendance se tiendra à Thiès le 4 avril 2026, dans le cadre d’une politique de décentralisation annoncée le 19 novembre 2025. La municipalité de Thiès et le maire Babacar Diop prévoient d’utiliser l’avenue Caen et des infrastructures modernisées pour accueillir le défilé national.
Je lève la voix sans ménagement: transformer une fête en opération d’image au prix de l’argent public me choque. Organiser la grande mise en scène hors de Dakar peut se défendre sur le principe de la décentralisation, mais je crains que l’effort soit moins patriotique qu’ornemental. J’ai vu trop souvent des chantiers qui brillent sous les projecteurs et laissent les services essentiels dans l’ombre.
Thiès a accueilli des initiatives présidentielles par le passé et a bénéficié d’investissements urbains comme l’avenue Caen, mais la promesse de “Programme Indépendance” soulève des questions sur les priorités budgétaires et sociales.
Je ne remets pas en question le droit d’une ville à célébrer la nation, je dénonce le calendrier des priorités. Quand l’État choisit de concentrer moyens et communication sur un événement spectaculaire, il opère un transfert de ressources qui mérite d’être interrogé. Les dépenses liées à un défilé national sont lourdes: logistique, sécurité, aménagements temporaires, cérémonies, accueil des délégations, communication institutionnelle. Tous ces postes peuvent absorber des dizaines, sinon des centaines, de millions de francs que je préférerais voir investis dans des hôpitaux, des écoles, des réseaux d’eau potable et des services de proximité.
J’observe une asymétrie troublante entre l’image et le quotidien. À Thiès comme ailleurs, des patients attendent dans des services insuffisants, des enseignants manquent de matériel, des quartiers périurbains pâtissent d’un assainissement défaillant. Dépenser pour une avenue qui sera photographiée et oubliée revient à repeindre la vitrine d’une maison dont les fondations s’effritent. C’est un peu comparable à acheter des costumes de théâtre pendant que la troupe manque de nourriture: la représentation existe, mais la vie réelle décline.
Le risque de gaspillage est renforcé par la tentation du spectaculaire politique. Les gouvernements aiment la visibilité; la population aime les cérémonies; les entreprises locales flairent le marché. Résultat: une collusion tacite qui transforme l’argent public en budget d’apparat. J’entends déjà les défenseurs du projet évoquer la relance économique locale et l’attractivité territoriale. Ces arguments ont du sens, mais ils ne suffisent pas à justifier un transfert massif de fonds si l’on n’impose pas des conditions strictes de transparence et de continuité des investissements pour les services publics.
Je propose de regarder quelques chiffres et dossiers publics avant de lancer la machine: montant prévu pour les aménagements, calendrier d’entretien post-événement, part consacrée aux services sociaux, et mécanismes d’achat local pour éviter la fuite des marchés vers des prestataires extérieurs. Sans ces garanties, la célébration devient un pare-feu entre la communication officielle et les attentes réelles des citoyens.
Comparaison oblige: on peut moderniser une ville comme on peut maquiller un visage, et le maquillage ne remplace pas la santé de la peau. De même, un investissement ponctuel en grandes infrastructures n’équivaut pas à la mise en place durable d’un service hospitalier ou scolaire. J’ai vu des exemples où de beaux sites d’accueil se sont progressivement délabrés faute d’entretien, transformant un succès médiatique en charge budgétaire à moyen terme.
En profondeur, la question est politique: quel modèle de décentralisation voulons-nous? Souhaite-t-on transférer de véritables capacités décisionnelles et des budgets pérennes, ou simplement exporter des cérémonies pour satisfaire des attentes symboliques? Si la réponse n’inclut pas une réallocation mesurable vers l’accès à l’eau, la santé et l’éducation, alors la célébration de Thiès court le risque d’être une dépense vaine.
Je refuse que l’indépendance serve d’alibi pour des dépenses d’ostentation pendant que des besoins élémentaires restent non résolus. J’exige une réponse claire des autorités sur les montants engagés, sur le calendrier d’entretien et sur la part réservée aux services essentiels à Thiès. Sans ces engagements tangibles, je considérerai chaque franc dépensé pour la mise en scène comme un franc volé au bien commun, une mise en scène coûteuse sans héritage social. La nation mérite mieux que des images; elle mérite des services.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Modou Diop.
Mis en ligne : 01/02/2026
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