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Un atelier national organisé par l’Observateur national des lieux de privation de liberté (ONLPL) et Amnesty International a récemment rappelé une réalité accablante : plus d’un demi-siècle après son adoption, le décret de 1966 sur l’alimentation et la santé des personnes gardées à vue est toujours ignoré au Sénégal. Malgré l’existence de ressources budgétaires dédiées, les gardés à vue dépendent souvent de la solidarité familiale ou des responsables locaux pour se nourrir, et leur santé physique et mentale est négligée. Ce constat, répété dans tous les rapports de l’ONLPL, révèle un dysfonctionnement administratif persistant et une violation flagrante des droits fondamentaux.
Notre analyse, fondée sur les témoignages des acteurs de terrain et les données disponibles, montre que cette situation n’est pas seulement un échec de l’État, mais aussi un scandale humanitaire.
Le décret de 1966 est sans ambiguïté : il impose à l’administration pénitentiaire de fournir une alimentation adéquate aux personnes gardées à vue, et prévoit un remboursement des frais avancés par les responsables des lieux de détention. Pourtant, comme le souligne Madiaw Diaw, magistrat et Observateur national, « c’est la seule recommandation qui revient systématiquement dans tous nos rapports depuis des années. Les gardés à vue ne sont pas nourris de manière réglementaire ». Pire, les crédits alloués à cette prise en charge, logés au ministère de la Justice, n’atteignent jamais les commissariats et brigades relevant du ministère de l’Intérieur et des Forces armées. Ce cloisonnement administratif, dénoncé par Seydi Gassama d’Amnesty International, est au cœur du problème : « Les textes existent, mais les budgets ne parviennent pas aux commissariats ».
L’absence de nourriture et de soins ne se limite pas à un simple inconfort. Elle expose les gardés à vue à des risques graves, y compris des suicides liés à la détresse psychique. Selon une étude récente, le risque suicidaire au Sénégal atteint 9,4 %, un chiffre alarmant qui s’explique en partie par l’absence de prise en charge médicale et psychologique en détention. Les cas de détenus arrivant en très mauvais état physique, parfois victimes de violences communautaires, sont fréquents, et les suicides en garde à vue sont souvent liés à des troubles mentaux non détectés.
Au-delà de l’alimentation, le non-respect des droits de la défense dès la convocation aggrave la situation. Les convocations sans notification claire de l’objet, le « retour de parquet » sans fondement juridique, et l’absence systématique d’avocat dès l’interpellation sont autant de pratiques qui portent atteinte à la dignité et aux droits des personnes privées de liberté.
Le droit à la santé, à une alimentation adéquate et au respect des droits de la défense est garanti par les textes nationaux et internationaux. Leur non-application constitue une violation des engagements du Sénégal, notamment au regard des Règles de Nelson Mandela et des Lignes directrices de Luanda. Le cloisonnement entre les ministères de la Justice, de l’Intérieur et des Forces armées empêche la bonne circulation des fonds. Une réforme urgente s’impose pour rationaliser la gestion budgétaire et garantir que les crédits atteignent effectivement les lieux de garde à vue.
La négligence de la santé mentale et physique en garde à vue a des conséquences irréversibles. En Égypte, par exemple, la privation de soins et de nourriture a conduit à des décès évitables en détention. Le Sénégal ne peut se permettre de reproduire de tels drames. Malgré les alertes répétées de l’ONLPL et d’Amnesty International, aucune mesure concrète n’a été prise pour corriger ces dysfonctionnements. L’État doit assumer sa responsabilité et mettre fin à l’impunité administrative.
En Europe, les réformes récentes de la garde à vue ont renforcé les droits des détenus, notamment en garantissant l’accès à un avocat dès l’interpellation et en améliorant les conditions de détention. En Afrique, des pays comme la Tunisie ont pris des mesures pour réduire la surpopulation carcérale et améliorer la prise en charge sanitaire. Ces exemples montrent qu’une volonté politique peut transformer une situation critique en une gestion respectueuse des droits humains.
Le décret de 1966 n’est pas un texte obsolète, mais un socle juridique toujours pertinent. Son non-respect n’est pas une fatalité, mais le résultat d’un manque de volonté politique et d’une administration défaillante. Il est temps que l’État sénégalais assume pleinement sa responsabilité envers les personnes privées de liberté. Cela passe par une réforme administrative pour débloquer les budgets, une formation des agents sur les droits des gardés à vue, et une prise en charge systématique de leur santé physique et mentale.
La dignité des gardés à vue ne peut plus attendre. L’application effective du décret de 1966 n’est pas une option, mais une obligation morale et juridique. L’heure est à l’action, pas aux promesses.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 02/02/2026
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