Doudou Wade, la TFM et la ligne rouge : Où s’arrête la liberté d’expression ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 03/02/2026 12:02:00

Doudou Wade, la TFM et la ligne rouge : Où s’arrête la liberté d’expression ?

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L’émission Faram Facee diffusée sur la TFM le 28 janvier 2026 restera dans les annales de la vie politique sénégalaise, mais pour de mauvaises raisons. Les propos tenus par Doudou Wade, responsable politique du Parti démocratique sénégalais (PDS), ont franchi une ligne rouge : celle de la banalisation du recours à la force militaire pour résoudre une crise politique. Si la critique du pouvoir est un droit fondamental dans toute démocratie, évoquer, même de manière métaphorique, la possibilité d’un coup d’État ou d’une intervention de l’armée pour « sauver » une république est une atteinte grave à l’ordre constitutionnel.

La saisine du procureur et l’ouverture d’une enquête sont donc des réactions nécessaires, rappelant que la liberté d’expression, aussi précieuse soit-elle, ne saurait couvrir des appels à la subversion.

Le Sénégal est souvent cité comme un exemple de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, une région où les coups d’État se sont multipliés ces dernières années (Mali, Burkina Faso, Guinée). Cette réputation repose sur une tradition de dialogue, de respect des institutions et de transitions pacifiques. Pourtant, les tensions politiques récentes, notamment autour de la présidentielle de 2024, ont révélé des fragilités. Dans ce contexte, les propos de Doudou Wade, figure médiatique et politique influente, prennent une résonance particulièrement dangereuse. Ils risquent de normaliser l’idée que la violence institutionnelle pourrait être une solution, alors même que le pays a toujours su éviter cette voie.

Lors de l’émission, Doudou Wade a comparé le chef de l’État à un « conducteur de moto Jakarta », avant d’évoquer des « républiques sauvées par des coups d’État » et d’appeler le peuple à « prendre ses responsabilités » pour empêcher un pilote incompétent de poursuivre son vol. Ces métaphores, aussi imagées soient-elles, ne sont pas anodines. Elles s’inscrivent dans une rhétorique qui, sous couvert d’analyse historique, légitime l’idée d’une intervention extra-constitutionnelle. Or, dans un pays où la société civile et les institutions ont toujours veillé à la préservation de l’État de droit, de tels propos sont d’autant plus préoccupants qu’ils émanent d’un acteur politique expérimenté, conscient de l’impact de ses mots.

Le Sénégal s’est construit sur l’absence de ruptures militaires et la continuité institutionnelle. Banaliser le recours à l’armée pour résoudre des crises politiques, c’est sapper les fondements mêmes de cette stabilité. Les personnalités politiques, surtout celles disposant d’une forte audience, ont un devoir de modération. Leurs paroles peuvent influencer des milliers de citoyens, notamment les jeunes, et alimenter des tensions inutiles.

La Constitution sénégalaise garantit la liberté d’expression, mais celle-ci n’est pas absolue. Elle ne peut servir de couverture à des discours incitant à la violence ou à la remise en cause de l’ordre constitutionnel. La saisine du procureur le rappelle : il existe des lignes rouges que même la critique la plus virulente ne doit pas franchir.

Alors que des pays voisins comme le Mali ou le Burkina Faso ont basculé dans des régimes militaires, le Sénégal a toujours su préserver son modèle. Pourtant, les propos de Doudou Wade s’apparentent à ceux qui, ailleurs, ont précédé des dérives autoritaires. Dans un contexte où la CEDEAO a récemment levé ses sanctions contre la Guinée après une transition militaire, il est crucial de rappeler que la légitimité démocratique ne se négocie pas.

La démocratie sénégalaise n’est pas un acquis irréversible. Elle se nourrit du respect des règles, de la modération des discours et de la responsabilité de ses acteurs. Les propos de Doudou Wade, en franchissant la ligne entre critique légitime et appel à la subversion, méritent la fermeté des institutions. La saisine du procureur n’est pas une atteinte à la liberté d’expression, mais un garde-fou indispensable pour préserver ce qui fait la fierté du Sénégal : sa stabilité et son attachement à la démocratie.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Samba Diop.
Mis en ligne : 03/02/202
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