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L’Alliance Pour la République (APR) a récemment condamné avec fermeté les propos injurieux et attentatoires à la dignité de Serigne Moustapha Sy Al Amine, figure religieuse respectée et acteur central de la cohésion sociale sénégalaise. Si la condamnation de l’APR est louable, elle révèle surtout l’urgence d’un débat plus large : celui du respect dû aux guides religieux dans une République laïque, mais profondément ancrée dans des valeurs de tolérance et de dialogue. En s’en prenant à une autorité morale comme Serigne Moustapha Sy Al Amine, certains acteurs politiques franchissent une ligne rouge, risquant de fragiliser l’équilibre historique qui a toujours préservé le Sénégal des fractures communautaires.
Cet article défend l’idée que de telles attaques, loin d’être anodines, constituent une menace sérieuse pour la stabilité nationale et appellent une réponse collective, ferme et responsable.
Le Sénégal s’est construit sur un modèle unique en Afrique : une laïcité qui ne nie pas, mais intègre le fait religieux comme pilier de la stabilité sociale. Les guides religieux, et en particulier les représentants des grandes confréries soufies, y jouent un rôle de médiateurs, de régulateurs sociaux et de garants du vivre-ensemble. Serigne Moustapha Sy Al Amine incarne cette tradition. Fils de Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine, lui-même médiateur social reconnu, il est aujourd’hui un pivot dans l’organisation des rassemblements religieux à Tivaouane et un acteur clé de la paix sociale, comme le soulignent plusieurs analyses récentes. Son engagement en faveur de la jeunesse, des couches défavorisées et de la cohésion nationale est documenté et salué, y compris par des institutions académiques. Attaquer une telle figure, c’est s’en prendre à un héritage de paix et de dialogue qui a permis au Sénégal de traverser des crises politiques sans sombrer dans la violence.
Les propos désobligeants tenus à l’encontre de Serigne Moustapha Sy Al Amine ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une tendance inquiétante de banalisation des dérapages verbaux, comme l’a déjà dénoncé le politologue Mouhamadou Guissé : « Les attaques verbales fragilisent nos institutions et alimentent un climat de désordre dans la République ». Ces dérives ne sont pas sans conséquences : en 2021, des propos similaires visant d’autres guides religieux avaient contribué à envenimer un climat déjà tendu, avant que leur intervention ne ramène le calme. Tolérer de telles attaques, c’est ouvrir la porte à une radicalisation du discours public, où le respect cède la place à la provocation, et où le débat d’idées se transforme en règlement de comptes personnel.
Les guides religieux au Sénégal ne sont pas de simples figures spirituelles. Ils sont des médiateurs reconnus, dont l’autorité morale transcende les clivages politiques. Leur rôle dans la résolution des crises (comme en 2021) est un fait établi. Les attaquer, c’est affaiblir un rempart contre les divisions.
Le Sénégal a toujours su conjuguer République et respect des autorités religieuses. Cet équilibre est un socle de paix, comme le rappellent les études du Timbuktu Institute ou de l’Observatoire International du Religieux. Le fragiliser, c’est jouer avec le feu dans un contexte où les tensions politiques sont déjà vives.
Aucune ambition électorale, aucune divergence idéologique ne justifie de porter atteinte à la dignité d’un homme dont l’action contribue à la paix. L’APR a raison de rappeler que la retenue et le respect sont des exigences républicaines, pas des options.
Dans des pays comme la Côte d’Ivoire ou le Mali, la politisation des questions religieuses a souvent conduit à des violences communautaires. Au Sénégal, en revanche, la tradition de dialogue entre pouvoir politique et autorités religieuses a permis d’éviter de tels scénarios. Mais cette tradition n’est pas une fatalité : elle repose sur un contrat social tacite, qui exige que chacun — politiques, médias, citoyens — assume ses responsabilités. Laisser prospérer les discours de haine, c’est risquer de reproduire les erreurs d’autres nations, où l’instrumentalisation du religieux a déstabilisé des décennies de coexistence pacifique.
Les attaques contre Serigne Moustapha Sy Al Amine ne sont pas seulement une affaire de personnes ou de partis. Elles interrogent le type de société que les Sénégalais veulent construire : une République où le débat politique se mène dans le respect, ou un espace où la provocation et l’insulte deviennent la norme ? L’appel de l’APR à la responsabilité doit être entendu au-delà des clivages. Il est temps que tous les acteurs — politiques, religieux, médiatiques — réaffirment leur attachement à un Sénégal uni, où la dignité de chacun est préservée, et où le respect des guides religieux reste une ligne rouge intangible. La paix sociale n’est pas un acquis : elle se cultive chaque jour, par des mots et des actes qui honorent l’héritage de tolérance et de dialogue du pays.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ousseynou Ba.
Mis en ligne : 03/02/2026
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