Spectacle parlementaire ou justice impartiale : L'affaire Farba Ngom - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 06/02/2026 08:02:10

Spectacle parlementaire ou justice impartiale : L'affaire Farba Ngom

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Le 9 février 2026, l’Assemblée nationale du Sénégal a annoncé l’installation d’une commission ad hoc et la ratification de ses membres pour examiner la levée de l’immunité parlementaire du député Farba Ngom. La décision finale est programmée pour le 16 février 2026 à 15h, tandis que le parlement doit aussi débattre des textes sur l’Observatoire national des lieux de privation de liberté et sur la sécurité privée. Les travaux se tiennent à Dakar pendant une session législative chargée.

J’observe avec scepticisme cette mise en scène. L’organisation serrée et la publicité autour du calendrier ressemblent davantage à une opération médiatique qu’à une volonté réelle de rendre la justice ou de moderniser les institutions. La procédure mérite d’être scrutée pour ce qu’elle révèle sur les priorités de l’hémicycle : faire spectacle plutôt que réparer des dysfonctionnements structurels.

La convocation rapide de la commission et l’alignement des débats sensibles sur quelques jours donnent l’impression d’un agenda pensé pour l’audience. Les projets de loi sur l’ONLPL et la sécurité privée sont ainsi programmés pour cohabiter avec l’affaire personnelle d’un élu.

Je refuse de croire que la justice peut se servir d’une tribune médiatique sans subir de dommages collatéraux. La levée d’immunité d’un député est un acte grave, qui demande sobriété, transparence et rigueur. Or la cadence imposée, les séances publiques et la communication autour des horaires rappellent une logique de spectacle où l’émotion prend le pas sur l’enquête. L’Assemblée nationale a la responsabilité de protéger l’institution et d’assurer l’équité du processus. Organiser des audiences quasi-théâtrales devant des caméras fragilise cette responsabilité et transforme la justice en instrument de communication politique.

La programmation conjointe des réformes sur les lieux de privation de liberté et sur la sécurité privée renforce mon soupçon. Ces sujets exigent des auditions techniques, des consultations avec des experts judiciaires et des ONG, ainsi que des évaluations d’impact. Réduire ces débats à des créneaux compressés pendant une semaine suggère que l’objectif réel est de coiffer l’agenda médiatique plutôt que d’engager une réforme en profondeur. Je crains que les textes votés dans cette cadence n’aient ni la force, ni la pertinence, ni les garanties d’application nécessaires.

Premièrement, la précipitation nuit à la qualité des décisions législatives. Une comparaison s’impose: quand une réforme pénale se construit en consultation prolongée, le résultat tient mieux compte des réalités judiciaires; quand elle est votée dans l’urgence, elle crée des zones d’ombre exploitables par les praticiens du droit. Deuxièmement, l’instrumentalisation médiatique de dossiers sensibles donne aux acteurs politiques la tentation d’exploiter l’émotion populaire pour consolider des positions, plutôt que d’éclairer les faits.

Je note aussi un défaut d’indépendance procédurale. La mise en scène publique peut influencer les témoins, orienter l’opinion et mettre à mal le principe de présomption d’innocence. Le risque existe que la décision finale ne repose pas uniquement sur des preuves mais sur la pressurisation de l’espace public. Une démocratie qui sacrifie la prudence judiciaire au profit d’effets d’annonce affaiblit la confiance des citoyens dans leurs institutions.

Je soutiens que l’Assemblée nationale privilégie la mise en scène médiatique au lieu d’une véritable justice. La levée d’immunité de Farba Ngom devient un spectacle politique qui masque l’absence de réforme structurelle. Au lieu d’ouvrir un vrai chantier pour renforcer l’indépendance judiciaire, améliorer les enquêtes et renforcer les mécanismes de contrôle parlementaire, l’hémicycle organise une séquence dramatique destinée aux plateaux télévisés. C’est comparable à une pièce qui maquille une scène vide avec des projecteurs ; le décor impressionne, mais l’édifice reste fragile.

Les exemples internationaux offrent des leçons utiles. Dans certains pays où les procédures parlementaires sont protégées par des normes strictes, la levée d’immunité suit des enquêtes longues et confidentielles, avec des audits indépendants et des protections pour les témoins. Ici, l’absence apparente d’un tel protocole rend le processus vulnérable aux pressions politiques. Les textes sur l’ONLPL et la sécurité privée mériteraient des consultations publiques, des évaluations chiffrées et des garanties de mise en œuvre, éléments qui semblent manquer dans le calendrier annoncé.

Je reste convaincu que la justice ne doit pas être convertie en spectacle. L’Assemblée nationale porte une responsabilité historique: rendre des décisions solides et crédibles, pas des images spectaculaires. Si la levée d’immunité de Farba Ngom est nécessaire, la procédure doit se dérouler dans la transparence d’une enquête rigoureuse, loin des effets d’annonce. Sans cela, le pays risque d’accumuler des gestes symboliques sans les réformes substantielles dont il a besoin. Je demande une pause dans la mise en scène et un retour à la méthode, à l’expertise et au temps nécessaire pour bâtir une justice digne de ce nom.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Papis Diop.
Mis en ligne : 06/02/202
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