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Le mercredi, à Dakar, l’ancien ministre Serigne Mbacké Ndiaye a affirmé que le président Bassirou Diomaye Faye s’éloigne des principes du Pastef et se rapproche de la France, qualifiant le chef de l’État d’« ami intime de Macron ». Il a aussi accusé certains dirigeants africains proches de Paris, comme Alassane Ouattara et Denis Sassou Nguesso, d’exercer une influence sur le président. Ces déclarations ont été tenues au cours de l’émission L’invité d’infos matin sur Tfm.
Je n’écris pas cela pour meubler un débat stérile: j’écris parce que cette bascule, si elle se confirme, est une trahison politique claire. Le candidat qui promettait la rupture avec les présidences complice et l’autonomie diplomatique revient, en actes, vers les salons de l’ancienne puissance. Pour beaucoup d’électeurs ce glissement hissé sur l’autel des intérêts étrangers ressemble à une désertion.
La campagne qui a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir s’appuyait sur un discours anti-système et sur la promesse d’un État au service des Sénégalais, détaché des réseaux d’influence néocoloniaux. Cette rupture proclamée fait désormais face à des signes publics de réchauffement avec Paris et des conseils venus de présidents réputés pro-français.
Je vois dans cette situation une contre-performance démocratique et une offense à la parole donnée. Quand un chef de l’État vend la confiance par petits pas, il ne change pas seulement d’alliances: il trahit ceux qui ont cru en son projet. La confiance politique n’est pas une ligne créditable à l’infini, elle s’érode à la première impression d’instrumentalisation.
D’abord, il y a la question de la cohérence. Ousmane Sonko incarne encore, selon beaucoup, les valeurs et le programme du Pastef; Bassirou Diomaye Faye montre des signes d’écart. Ce décalage provoque une confusion institutionnelle et électorale: qui représente vraiment la volonté populaire? Cette incertitude fragilise l’autorité du gouvernement et ouvre la voie à la démobilisation civique.
Ensuite, l’influence évoquée — qu’elle soit réelle ou perçue — crée un déficit de souveraineté. Si le président reçoit des consignes ou des « coachings » de dirigeants connus pour leurs liens étroits avec la France, les choix politiques risquent d’être déterminés par des intérêts extérieurs. J’appelle cela une dépossession du pouvoir populaire: la politique nationale se fait alors hors des consultations démocratiques, sous l’œil de forums diplomatiques et de salons privés.
Troisièmement, il y a l’effet moral sur l’électorat. Beaucoup ont voté pour une promesse de rupture comme on achète une promesse d’avenir. Découvrir que ce qui semblait une alternative devient un retour à l’ancien modèle provoque colère, sentiment de manipulation et désillusion. Le renouvellement politique exige des actes visibles; remplacer la parole par des gestes amicaux avec d’anciens alliés n’en est pas un.
Comparaison: c’est comme acheter un livre pour sa première page et se rendre compte que le reste reprend mot pour mot le texte qu’on voulait fuir. Comparaison encore: une équipe de football qui change d’entraîneur et qui s’aligne publiquement sur la stratégie du club rival perd la confiance de ses supporters. Ces images permettent de sentir l’ampleur du dommage symbolique.
Sur le plan pratique, les conséquences peuvent être lourdes. La diplomatie influencée peut conduire à des accords défavorables, à des choix économiques penchants et à une réorientation des partenariats stratégiques sans débat national. Le champ public se rétracte; les oppositions se radicalisent; la polarisation augmente au détriment des solutions concrètes pour la population.
Enfin, sur le plan interne, la fracture entre la base militante du Pastef et le sommet exécutif menace l’unité gouvernementale. Quand la parole présidentielle contredit le message de campagne, les cadres locaux se retrouvent démunis face aux électeurs. Le risque est un lent sabotage de la légitimité par usure, par non-respect des engagements et par la multiplication des gestes ambigus.
Les cas d’influence étrangère déjà observés ailleurs montrent que le retour en arrière arrête les réformes et nourrit la corruption des élites. Des exemples africains récents documentent comment des présidences qui renoncent à leur promesse d’indépendance finissent par servir des intérêts privés plutôt que l’intérêt général. Les données électorales et les enquêtes d’opinion vont suivre ces développements; la défiance se mesure et se paie.
Je refuse la banalisation de la trahison politique. Quand un président renie, par ses actes, le contrat moral signé avec ses électeurs, il diminue la démocratie et il ouvre la porte à l’instabilité politique. Je demande que la parole publique redevienne un engagement tangible: que des explications précises soient apportées, que des actes souverains remplacent les signes d’affection diplomatique, et que la confiance soit reconquise par des décisions utiles aux Sénégalais. Sans cela, la promesse de rupture restera une formule creuse, facile à abandonner au premier sourire venu.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 07/02/2026
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