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Le collectif d’investigation All Eyes On Wagner publie en février 2026 une liste de 1 417 combattants africains enrôlés dans l’armée russe entre 2023 et mi‑2025, issus de 35 pays, dont 316 sont déclarés morts. Le fichier, obtenu via le programme ukrainien « Je veux vivre », recense des recrues âgées de 18 à 57 ans et indique des décès datés pour certains, comme celui de Joël, fixé au 24 mai 2025.
Cette révélation pose une question concrète et grave: des centaines de familles africaines restent sans réponses sur le sort de leurs proches, tandis que les autorités nationales peinent à réagir. Le silence ou l’impuissance des États africains face à ces recrutements massifs contribue à laisser des citoyens exposés à une exploitation mortelle sans protection administrative ni assistance consulaire minimale.
La documentation montre que les campagnes de recrutement combinent agences de voyage, recruteurs sur les réseaux sociaux et promesses d’emplois ou d’études en Russie, souvent suivies d’une intégration au front ukrainien après une formation sommaire.
Les éléments chiffrés traduisent l’ampleur du problème et la faiblesse des réponses publiques. Le taux de décès dépassant 22% parmi les personnes répertoriées révèle une mortalité élevée comparable à celle d’une unité engagée dans des combats intenses, alors que ces recrues ne sont pas des forces régulières protégées par des accords transparents. Le profil des victimes montre une majorité de jeunes motivés par des raisons économiques: salaires annoncés de 2 000 à 2 500 dollars, primes de signature et promesses de facilités de naturalisation. Ces offres ont suffi à convaincre des étudiants, des travailleurs et des militaires déserteurs de quitter leur pays.
Les réactions officielles restent sporadiques. Le Kenya a annoncé en février 2026 une visite ministérielle à Moscou après des révélations médiatiques et des pressions citoyennes, mais la plupart des pays cités dans la liste, dont le Cameroun, n’ont fourni aucune communication publique sur le sort des dizaines de morts et disparus. Cette absence de prise en charge se traduit par l’impossibilité pour des familles d’obtenir des informations sur la localisation des dépouilles, sur les conditions de décès ou sur une éventuelle rapatriation.
Les mécanismes de recrutement décrits sont factuels et variés: agences commerciales facturant entre 13 000 et 18 000 dollars pour obtenir des visas et la logistique, offres postées sur des chaînes WhatsApp, et campagnes de promotion via Facebook, Instagram, Telegram et TikTok mettant en scène une réussite matérielle. On trouve aussi des offres ciblant des travailleuses pour la production de drones dans des zones industrielles russes, recrutements qui ressemblent sur certains points à de la traite d’êtres humains selon des organismes internationaux.
L’absence de réaction coordonnée des États africains a plusieurs conséquences mesurables. Premièrement, elle laisse les familles sans cadre légal pour réclamer des comptes aux intermédiaires impliqués, qu’il s’agisse d’agences locales, de recruteurs expatriés ou d’entreprises fantômes. Deuxièmement, elle affaiblit la capacité à reconstituer des parcours individuels et à entamer des procédures judiciaires internationales contre des trafiquants d’êtres humains. Troisièmement, le manque de communication officielle empêche la mise en place de programmes de prévention et d’information ciblant la jeunesse urbaine pauvre qui constitue l’essentiel des recrues.
Des cas concrets corroborent ces lacunes: des jeunes Togolais et Sénégalais déclarés dupés par des promesses d’études, des Kényans ayant transité par des entreprises démantelées, et des Camerounais envoyés au front après deux semaines de formation. La combinaison de démissions ministérielles limitées, d’enquêtes nationales rares et d’un silence diplomatique génère un vide protecteur. C’est ce vide qui permet à des réseaux de prospérer, tandis que l’action consulaire demeure insuffisante pour assister les familles et prévenir les départs.
Les autorités africaines semblent, selon les faits rassemblés, incapables ou réticentes à assumer une responsabilité élémentaire: la protection de leurs citoyens à l’étranger contre l’exploitation mortelle. Comparée à la réponse d’États qui coordonnent rapatriements ou enquêtes consulaires en cas de crises migratoires, la posture de plusieurs gouvernements africains apparaît timide et désarmée. Comparée aussi à des réactions civiles vigoureuses, le contraste est frappant: organisations de la société civile et familles multiplient vidéos et démarches publiques pour obtenir des rapatriements pendant que les institutions demeurent muettes.
Des rapports analytiques estiment entre 3 000 et 4 000 Africains engagés parmi 18 000 à 20 000 combattants étrangers, ce qui place les victimes africaines dans un flux plus large. Des investigations ont documenté des réseaux impliquant des influenceurs, des médias pro‑russes et des entreprises locales. Des enquêtes judiciaires ont été ouvertes en Afrique du Sud et des entreprises ont été démantelées au Kenya, mais ces actions restent isolées et n’aboutissent pas à une politique continentale coordonnée.
Les faits réunis montrent un phénomène organisé et meurtrier qui prospère dans une zone grise d’immunité et de silence institutionnel. Les familles réclament des réponses concrètes sur les décès, les sépultures et le rapatriement des corps, mais s’appuient surtout sur des collectifs et des médias pour faire pression. Les chiffres, les cas documentés et les enquêtes judiciaires partielles constituent une base factuelle pour juger de l’échec des protections étatiques: sans une mobilisation administrative plus claire et systématique, des citoyens continueront d’être exposés à des recrutements qui prennent la forme d’une exploitation fatale.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Boris W.
Mis en ligne : 12/02/2026
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