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Le 10 février 2026, le transfert de Toumba Diakité, ancien aide de camp de Moussa Dadis Camara, de la prison centrale de Conakry vers celle de Coyah a provoqué une crise sans précédent, révélant une fois de plus la fragilité des institutions guinéennes face aux impératifs sécuritaires. Si les autorités invoquent la préservation de l’ordre public, les avocats du condamné dénoncent une mesure « illégale » et « arbitraire », soulignant l’absence de décision judiciaire préalable. Cet épisode, marqué par des tirs et un bouclage du centre-ville, illustre un dilemme récurrent : en Guinée, la sécurité justifie-t-elle tous les excès, au mépris des garanties judiciaires les plus élémentaires ?
Je crois qu’il est urgent de s’interroger sur les dérives d’un État qui, sous couvert de stabilité, bafoue les principes fondamentaux du droit.
Condamné à dix ans de prison pour crimes contre l’humanité, Toumba Diakité purgeait sa peine à la maison centrale de Conakry depuis 2016. À quelques mois de sa libération, son transfert brutal vers Coyah, opéré par les forces spéciales, a déclenché une vague de protestations. Le parquet justifie cette décision par des « incidents » survenus lors d’une fouille, évoquant un comportement « agressif » du détenu et la découverte d’objets prohibés. Pourtant, les avocats de Diakité contestent fermement cette version, affirmant que leur client s’est soumis à la fouille et que le transfert constitue une violation flagrante du droit guinéen. Selon eux, « un transfèrement ne saurait être un acte purement administratif dès lors qu’il affecte la situation juridique du condamné, ses conditions de détention et l’exercice de ses droits à la défense ».
Le collectif des avocats de Toumba Diakité a immédiatement réagi, qualifiant le transfert de « grave violation de la loi ». Ils rappellent que, selon le droit positif guinéen, tout changement de lieu de détention doit être autorisé par une décision judiciaire. Or, dans ce cas, aucune ordonnance n’a été produite. Pire, les avocats ont appris le transfert par les réseaux sociaux, avant d’être empêchés d’accéder à leur client, ce qui porte atteinte au droit à la défense et à la loyauté procédurale. Cette opacité interroge : s’agit-il d’une mesure de sécurité légitime ou d’une manœuvre politique pour écarter un détenu encombrant, à l’approche de la fin de sa peine ?
Les autorités, de leur côté, insistent sur la nécessité de « préserver l’ordre public ». Pourtant, la méthode employée – une extraction forcée, des tirs, un bouclage du quartier – semble disproportionnée. Elle rappelle d’autres cas de transferts controversés en Guinée et en Afrique de l’Ouest, où des détenus politiques ou de haut profil ont été déplacés sans garanties juridiques, souvent sous prétexte de « menace à la sécurité ». Ces pratiques, loin d’apaiser les tensions, alimentent la défiance envers un système judiciaire déjà fragilisé.
Premièrement, l’absence de titre de détention à Coyah rend ce transfert illégal. Comme le soulignent les avocats, « l’Administration Pénitentiaire s’est attribuée un pouvoir qui appartient exclusivement aux juridictions compétentes ». Deuxièmement, ce cas n’est pas isolé : en Guinée-Bissau, des détenus ont été transférés de force vers des bases militaires sans ordonnance judiciaire, violant le droit à un procès équitable. Enfin, la Guinée, signataire de conventions internationales sur les droits des détenus, se doit de respecter les principes de légalité et de proportionnalité. Or, en agissant ainsi, elle s’expose à des condamnations pour non-respect de ses engagements.
La Guinée n’est pas la seule à recourir à de telles méthodes. En Guinée-Bissau, des opposants ont été exfiltrés vers des îles reculées, sans contrôle judiciaire. Au Mali, des journalistes critiques ont été incarcérés dans des conditions opaques. Ces exemples montrent comment, sous prétexte de sécurité, les régimes autoritaires instrumentalisent la justice pour neutraliser leurs adversaires. En Guinée, le transfert de Toumba Diakité s’inscrit dans cette logique : un État qui, face à la pression sociale ou politique, préfère l’arbitraire à la transparence.
Le transfert de Toumba Diakité est bien plus qu’un simple épisode judiciaire : c’est un symptôme de la crise de confiance qui mine les institutions guinéennes. En sacrifiant le droit sur l’autel de la sécurité, les autorités risquent d’aggraver l’instabilité qu’elles prétendent combattre. Il est temps que la Guinée respecte ses propres lois et les normes internationales, sous peine de voir la défiance s’installer durablement. Sans cela, chaque mesure « exceptionnelle » deviendra la règle, et l’État de droit ne sera plus qu’un lointain souvenir.
Je reste convaincu que la sécurité ne peut se construire sur l’injustice. La Guinée doit choisir : soit elle renforce ses institutions pour garantir l’équilibre entre ordre et droit, soit elle s’enfonce dans un cycle de violence et d’arbitraire dont elle sera la première victime.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 13/02/2026
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