Sept ans de pouvoir de plus : Le Zimbabwe au bord du blocage économique - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 13/02/2026 09:02:00

Sept ans de pouvoir de plus : Le Zimbabwe au bord du blocage économique

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Le cabinet zimbabwéen a validé en 2026 des amendements constitutionnels visant à prolonger le mandat du président Emmerson Mnangagwa, 83 ans, jusqu’en 2030 en allongeant la durée du mandat de cinq à sept ans et en confiant l’élection présidentielle au Parlement plutôt qu’au suffrage universel direct. L’opposition accuse ces changements de violer la Constitution de 2013 qui limite le président à deux mandats.

La décision relance une polémique vive à Harare et dans les provinces, où des voix politiques et des citoyens appellent au respect du processus constitutionnel et au recours au référendum pour toute modification des limites de mandat. La manœuvre intervient alors que le gouvernement promet un « programme 2030 » pour la stabilité et la continuité des politiques publiques.

Le projet survient dans un contexte économique tendu: inflation élevée, chômage massif et allégations fréquentes de corruption qui pèsent sur la confiance populaire et sur les capacités de l’État à mettre en œuvre des réformes immédiates.

La poussée législative n’est pas neutre sur le plan économique. L’inflation annuelle au Zimbabwe a connu des rebonds réguliers depuis la crise monétaire des années 2000, avec des taux qui ont souvent dépassé les deux chiffres ces dernières années, tandis que le taux de chômage reste élevé et que la majorité des ménages vit sous forte précarité. Dans ce paysage, allonger les mandats et réduire l’implication directe des électeurs risque d’affaiblir les mécanismes de reddition de comptes qui favorisent la mise en œuvre rapide de mesures de soutien social.

Des experts économiques expliquent que les réformes structurelles exigeant des choix difficiles — suppression de subventions inefficaces, restructuration du secteur public, ouverture au financement international conditionnel — nécessitent une pression citoyenne et une surveillance institutionnelle soutenue. Si le pouvoir centralise davantage la sélection présidentielle, la capacité des citoyens et des contre-pouvoirs à exiger des résultats immédiats diminue. L’histoire régionale offre des repères: en Ouganda, la prolongation des mandats a coïncidé avec une gouvernance moins transparente; au Zimbabwe, la longue présidence de Robert Mugabe illustre comment une domination prolongée peut s’accompagner d’enrichissement élitiste et de défaillances institutionnelles.

Les amendements proposés présentent des risques concrets pour la lutte contre la corruption et pour l’urgence sociale. Premièrement, l’allongement du mandat réduit la fréquence des échéances électorales directes, ce qui diminue l’incitation politique à délivrer des résultats rapides aux électeurs. Deuxièmement, le transfert du pouvoir de légitimation du peuple au Parlement concentre l’arbitre du pouvoir entre des acteurs dont l’indépendance est souvent contestée par des accusations de clientélisme. Des enquêtes et rapports antérieurs ont documenté des cas d’attribution de marchés publics opaques et des détournements de fonds dans des administrations zimbabwéennes; prolonger la même configuration politique augmente le risque d’enracinement de ces pratiques.

Prolonger un mandat dans un contexte d’inflation et de chômage est concrètement une assurance pour l’immobilisme. Les entreprises et les bailleurs attendent la transparence et des politiques de stabilisation claires pour débloquer des financements et créer des emplois. Sans échéances démocratiques rapprochées, l’urgence de ces réformes s’estompe. La population en ressent les effets immédiats: pouvoir d’achat érodé, file d’attente pour l’emploi, services publics dégradés. L’avocat et ancien ministre Tendai Biti a qualifié les amendements d’« illégaux et inconstitutionnels », rappelant l’obligation d’un référendum pour modifier la limitation des mandats. Dans les rues, des citoyens comme Augustine Kaswaurere protestent contre des mandats à rallonge et décrivent le risque d’une gouvernance qui ne répond plus aux besoins quotidiens.

Des données du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale montrent que la confiance des investisseurs dépend fortement de la prévisibilité institutionnelle et de la lutte contre la corruption. Dans les pays où les mandats présidentiels ont été prolongés sans consultation large, les flux d’investissement privé direct ont stagné ou décliné, tandis que l’aide conditionnelle a parfois été suspendue. Ces éléments traduisent un lien mesurable entre gouvernance et capacité à répondre rapidement aux crises sociales.

Les amendements proposés au Zimbabwe posent des questions factuelles sur la capacité des institutions à garantir une réponse immédiate aux crises économiques. En prolongeant le pouvoir exécutif sans contrôles électoraux directs, le pays prend le risque de consolider des réseaux de corruption et d’affaiblir la pression nécessaire pour lancer des réformes économiques urgentes. Restreindre la voix populaire au moment où l’urgence sociale est palpable peut retarder des mesures de secours et compromettre la crédibilité des promesses de relance.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Maurice B.
Mis en ligne : 13/02/2026

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