Affaire Farba Ngom : Justice ou prétexte politique ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 18/02/2026 12:02:00

Affaire Farba Ngom : Justice ou prétexte politique ?

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L’Assemblée nationale du Sénégal a récemment voté, à une large majorité, la levée de l’immunité parlementaire du député Farba Ngom, déjà en détention, pour l’introduction présumée de deux téléphones portables dans sa cellule. Cette décision, présentée comme un symbole de la primauté de la loi sur tous, y compris les élus, mérite une analyse critique. En effet, derrière le discours officiel se cachent des zones d’ombre et des interrogations légitimes sur la véritable nature de cette procédure, son opportunité, et les risques de dérive qu’elle pourrait engendrer pour la démocratie sénégalaise.

Farba Ngom, député et maire d’Agnam, est déjà poursuivi pour des faits de blanchiment de capitaux et d’escroquerie portant sur des sommes colossales (plus de 125 milliards de francs CFA). Sa détention, depuis février 2025, s’inscrit dans un contexte politique tendu, marqué par la volonté affichée du nouveau pouvoir de « faire rendre des comptes » aux anciens dirigeants, notamment ceux proches de l’ex-président Macky Sall. La découverte de téléphones portables dans sa cellule a servi de prétexte à une nouvelle levée de son immunité, permettant ainsi à la justice d’élargir les investigations à son encontre. Pourtant, plusieurs éléments invitent à relativiser la portée de cette mesure.

D’abord, la gravité des faits reprochés semble disproportionnée par rapport à la mobilisation institutionnelle qu’ils ont suscitée. L’introduction de téléphones en prison, bien qu’interdite, est un phénomène récurrent et rarement sanctionné avec une telle sévérité, surtout lorsqu’il s’agit de détenus ordinaires. Ici, le caractère exceptionnel de la procédure, médiatisée et politisée, interroge. Comme le souligne un député de l’opposition, « lever l’immunité parlementaire de Farba Ngom sur la base de deux téléphones portables retrouvés en sa possession est la chose la plus ridicule qui soit jamais arrivée à notre pauvre République ». Cette disproportion suggère une instrumentalisation de la justice à des fins politiques, d’autant plus que les téléphones en question auraient surtout servi à des échanges familiaux et médicaux, selon les déclarations du principal intéressé.

Ensuite, la rapidité et l’unanimité relative du vote à l’Assemblée nationale (108 voix pour, 21 contre) contrastent avec les divisions et les débats houleux qui ont précédé la décision. Plusieurs députés, y compris au sein de la majorité, ont exprimé des réserves, pointant du doigt l’absence de dossier solide et la précipitation de la procédure. Certains ont même dénoncé une « commande politique », rappelant que Farba Ngom est une figure de l’ancienne majorité, aujourd’hui dans le collimateur du pouvoir.

La levée de l’immunité de Farba Ngom intervient dans un contexte où d’autres affaires, tout aussi graves, semblent traitées avec moins de célérité. Par exemple, Tahirou Sarr, co-inculpé dans le dossier financier, bénéficie d’une liberté que Ngom ne connaît pas. Cette asymétrie dans le traitement judiciaire affaiblit la crédibilité des institutions et nourrit le sentiment d’une justice sélective, au service du pouvoir en place.

En utilisant l’immunité parlementaire comme un levier politique, l’Assemblée nationale risque de banaliser une mesure exceptionnelle, destinée à protéger les élus des poursuites arbitraires. Dans d’autres démocraties, comme la France ou l’Allemagne, la levée de l’immunité est encadrée par des garanties strictes, afin d’éviter toute dérive. Au Sénégal, la multiplication des levées d’immunité pour des motifs discutables pourrait, à terme, vider cette protection de sa substance et exposer tous les parlementaires à des pressions judiciaires.

Alors que le pays traverse une crise économique et sociale profonde, avec un déficit budgétaire record et une dette publique insoutenable, l’affaire Farba Ngom occupe l’espace médiatique et politique, au détriment des vrais défis nationaux. Le pouvoir semble ainsi chercher à mobiliser l’opinion autour d’un « bouc émissaire », plutôt qu’à proposer des solutions aux difficultés quotidiennes des Sénégalais.

Plusieurs juristes et observateurs ont alerté sur les risques de crise de l’État de droit que fait peser cette affaire. La précipitation des procédures, l’absence de transparence sur les preuves, et les suspicions de partialité des magistrats (notamment après la mutation de trois d’entre eux impliqués dans des dossiers sensibles) jettent un doute sur l’impartialité de la justice. Comme le note un analyste, « l’affaire Farba Ngom dépasse le cadre d’un simple dossier pénal pour constituer un test institutionnel : celui de la capacité du système juridique sénégalais à concilier efficacité répressive et protection des droits fondamentaux ».

Dans d’autres démocraties, la levée de l’immunité parlementaire est généralement réservée à des affaires graves et avérées, et soumise à un contrôle strict. En France, par exemple, la procédure est longue et encadrée, afin de garantir que la mesure ne serve pas à museler l’opposition. En Allemagne ou en Belgique, l’immunité ne peut être levée que pour des faits clairement établis et proportionnés. Au Sénégal, la facilité avec laquelle cette mesure est désormais brandie contre les opposants contraste avec ces pratiques, et pourrait, à terme, affaiblir la confiance des citoyens dans leurs institutions.

La levée de l’immunité de Farba Ngom, présentée comme une victoire de l’État de droit, apparaît en réalité comme un symbole des dérives possibles d’un pouvoir déterminé à éliminer ses adversaires politiques sous couvert de lutte contre la corruption. Si nul n’est au-dessus des lois, encore faut-il que la justice soit rendue de manière équitable, transparente et proportionnée. En l’état, cette affaire illustre moins la force des institutions sénégalaises que leur fragilité face aux tentations autoritaires. Elle rappelle, enfin, que la démocratie ne se réduit pas à la majorité des voix : elle exige aussi le respect des droits de la minorité et la protection contre l’arbitraire.

En définitive, loin de renforcer la confiance dans les institutions, cette décision risque d’alimenter la défiance et de creuser un peu plus les fractures politiques et sociales du pays. Le vrai test pour le Sénégal ne sera pas le sort réservé à Farba Ngom, mais la capacité de ses institutions à garantir, pour tous, une justice indépendante et impartiale. À cet égard, le chemin reste long.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 18/02/202
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