Mort d'El Mencho : La fin d’un baron, le début des conséquences - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - International | Par Eva | Publié le 25/02/2026 01:02:00

Mort d'El Mencho : La fin d’un baron, le début des conséquences

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Le 22 février 2026, l’armée mexicaine a annoncé la mort de Rubén Nemesio Oseguera Cervantes, dit « El Mencho », lors d’une opération dans les montagnes de l’État de Jalisco, près de Tapalpa, alors qu’il était transféré par voie aérienne vers Mexico. Les forces fédérales ont indiqué que sept membres armés ont été tués, que deux suspects ont été arrêtés et que des armes lourdes, y compris des lance-roquettes, ont été saisies. Les États-Unis avaient proposé une prime allant jusqu’à 15 millions de dollars pour sa capture.

La disparition d’El Mencho constitue un événement majeur dans la lutte contre le trafic de drogues : il dirigeait le cartel de Jalisco Nueva Generación, accusé de trafic de cocaïne, d’héroïne, de méthamphétamine et de fentanyl, et classé comme organisation terroriste par les autorités américaines. L’annonce a été suivie d’une violente réaction sur le terrain, avec des barrages routiers, des incendies de véhicules et l’annulation de vols, tandis que la présidente Claudia Sheinbaum appelait à la tranquillité publique.

Le cartel de Jalisco Nueva Generación a été formé en 2009 et s’est imposé comme l’un des groupes les plus puissants et les plus violents du Mexique, en rivalisant avec le cartel de Sinaloa, autrefois dirigé par Joaquín « El Chapo » Guzmán. Les opérations récentes ont mobilisé des renseignements militaires et un soutien d’information fourni par les autorités américaines.

Les faits connus exposent deux réalités convergentes : d’une part, le démantèlement tactique d’une figure emblématique; d’autre part, la mise en scène médiatique qui transforme un chef de réseau en personnage quasi-légendaire. Les communiqués officiels et la couverture internationale ont insisté sur l’impact stratégique de la neutralisation d’El Mencho, en soulignant la saisie d’armes capables de menacer des aéronefs et la coopération bilatérale avec les États-Unis. Ces éléments sont avérés et illustrent la dangerosité opérationnelle du groupe.

Pourtant, les mêmes récits consacrent peu d’espace aux victimes civiles, aux déplacements de population et aux dommages matériels infligés par la violence des jours suivants. Des axes routiers bloqués par des camions incendiés ont isolé des communautés, des services publics ont été perturbés et des matches de football ont été suspendus, engendrant des pertes économiques et sociales réelles pour des villes comme Guadalajara, Cancún et Oaxaca. Les chiffres officiels sur les victimes civiles liées aux représailles restent limités dans les communiqués initiaux, ce qui creuse un décalage entre l’événement spectaculaire et l’ombre portée sur les populations affectées.

Le premier argument tient à la sélection des faits dans la narration publique : l’accent mis sur la primauté opérationnelle, la récompense américaine et la stature du chef alimente une mythologie du chef de cartel. Cette mythification fonctionne comme un récit héroïque inversé, où la figure du baron de la drogue devient symbole de pouvoir et d’influence. Le deuxième argument repose sur l’absence relative de données chiffrées sur les victimes et les dégâts collatéraux dans les communiqués et les grands titres : sans ces éléments, l’évaluation du coût humain et socio-économique reste fragmentaire.

A l’instar de la couverture médiatique lors de l’arrestation d’El Chapo, la focalisation sur la capture ou la mort du chef tend à occulter les structures locales de violence et de corruption qui permettent au cartel de prospérer. Par rapport à d’autres interventions internationales contre des organisations criminelles, la mise en avant des aspects militaires et des récompenses financières éclipse souvent les dispositifs de prévention sociale et de réparation des victimes.

La sélection factuelle montre que la narration dominante favorise la figure d’El Mencho comme centre d’un récit épique de lutte d’État, alors que les conséquences humaines restent en retrait des reportages initiaux. Les blocages routiers dans plusieurs États, l’impact sur le tourisme et le réseau de production de drogues synthétiques illustrent des dommages concrets et durables rarement détaillés dans les premières comunications. Les autorités ont communiqué sur les résultats tactiques et sur la coopération internationale, mais peu d’informations publiques précisent les pertes civiles, les besoins en sécurité locale ou les mesures de soutien aux populations touchées.

Les données judiciaires et sécuritaires américaines et mexicaines décrivent le CJNG comme responsable d’exécutions, d’extorsions et d’expansions territoriales depuis 2009, ce qui a provoqué des vagues de violence dans des États comme Guanajuato et Michoacán. Les saisies d’armes lourdes et l’arrestation de membres du réseau confirment une capacité logistique élevée. Des études récentes sur l’impact du narcotrafic indiquent que les coûts indirects pour les économies locales incluent la baisse du tourisme, la fermeture d’entreprises et l’augmentation des dépenses publiques pour la sécurité, éléments qui méritent un suivi chiffré après l’événement.

La mort d’El Mencho est un jalon opérationnel confirmé par des preuves matérielles et par la coopération internationale, mais l’agenda factuel dominant privilégie le récit héroïque du coup porté au chef plutôt que la recension détaillée des victimes et des dégâts provoqués par le cartel et par les représailles. Sans recueil systématique des pertes civiles et sans plan public clair pour réparer les dommages locaux, la communication officielle risque d’alimenter la légende du trafiquant sans traiter la souffrance des communautés qui ont subi sa violence. Les éléments disponibles appellent à une documentation plus exhaustive des conséquences humaines et économiques pour que l’événement soit évalué au-delà du spectaculaire.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : François L.
Mis en ligne : 25/02/2026

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