Cocaïne en Afrique de l’Ouest : Le piège de la stigmatisation et ses conséquences - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Maimouna | Publié le 27/04/2026 09:04:00

Cocaïne en Afrique de l’Ouest : Le piège de la stigmatisation et ses conséquences

Le rapport de l’Initiative mondiale contre le crime organisé, publié récemment, désigne l’Afrique de l’Ouest comme un espace central du trafic mondial de cocaïne depuis 2019.

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Suite de l’article : Mouhamadou Kane, membre de cette initiative et co-auteur du document, alerte sur la progression du transit, la corruption à haut niveau et l’augmentation de la consommation locale dans plusieurs pays de la région. Le constat porte sur des évolutions observées entre 2019 et 2024.

Ces chiffres inquiètent, je l’avoue. Mais je refuse l’hystérie médiatique qui transforme une réalité grave en stigmatisation généralisée. Peindre l’Afrique de l’Ouest comme un nouveau hub planétaire, sans nuances, crée une narration alarmiste qui frappe les économies légitimes, le tourisme et la confiance des investisseurs. La peur vend des titres, elle ne construit ni routes, ni hôtels, ni emplois. Le trafic s’est intensifié en lien avec des réseaux internationaux et des failles institutionnelles, et plusieurs États font face à des infiltrations de corruption.

Il est urgent de dénoncer la dérive catastrophiste. Présenter la région comme un hub mondial sans préciser les zones affectées, les autorités qui résistent et les initiatives locales, c’est jeter l’ensemble d’un continent dans l’ombre. Les conséquences sont concrètes : réservations touristiques annulées, financements commerciaux reportés, compagnies d’assurance qui augmentent leurs tarifs pour des pays dont la situation varie considérablement. Des opérateurs culturels ont perdu des partenariats simplement parce qu’une légende urbaine médiatique a pris le pas sur la réalité du terrain.

Sur le plan politique, l’effet est tout aussi pernicieux. La stigmatisation renforce les discours populistes et fournit un prétexte aux gouvernements étrangers pour restreindre les visas et durcir les conditions d’investissement. J’entends déjà les arguments simplistes : investir dans la région est trop risqué, éviter les plages et les sites historiques. Cette panique rappelle celle des années 1980 dans certaines villes mondiales, où un fait criminel isolé a durablement terni leur image, avec des dégâts économiques qui ont mis des décennies à se réparer.

Trois arguments méritent d’être mis en avant. D’abord, la précision compte. Diffuser des données sans cartographier les zones touchées, sans nommer les routes ni distinguer les ports majeurs des zones intérieures, c’est induire en erreur les touristes et investisseurs responsables. Ensuite, la résilience locale. ONG, forces de l’ordre et entrepreneurs mettent en place des réponses concrètes que la narration alarmiste efface. J’ai rencontré des hôteliers qui ont renforcé leur sécurité et qui continuent d’accueillir des visiteurs, des artisans qui exportent et qui n’ont rien à voir avec ces trafics. Enfin, l’impact économique est mesurable. Une baisse de la fréquentation touristique engendre des pertes d’emplois dans l’hôtellerie, la restauration et les transports, des secteurs où l’emploi féminin et jeune est souvent majoritaire.

Présenter l’Afrique de l’Ouest comme un hub mondial, c’est prendre le risque d’un raccourci dangereux. La région n’est ni un bloc homogène ni une destination condamnée. Comparer un continent à un entrepôt évoque une image aussi fausse que de réduire une ville entière à un quartier défavorisé d’une autre métropole. La réalité est plus nuancée : des poches de vulnérabilité existent, mais également des îlots de bonne gouvernance et des initiatives innovantes pour lutter contre le crime organisé.

Les chiffres de saisies et d’arrestations doivent accompagner les analyses sur l’impact socio-économique. Une étude sur le chiffre d’affaires perdu par le tourisme après une campagne alarmiste permettrait de mesurer le coût collatéral de cette communication. Des exemples précis, comme des ports dont l’activité légale continue malgré des infiltrations, mériteraient d’être mis en avant pour équilibrer le récit.

Je dis non à la panique médiatique qui transforme des faits en stigmatisation absolue. Informer avec rigueur, sans sacrifier l’avenir économique des peuples concernés, est essentiel. L’Afrique de l’Ouest mérite que l’on raconte ses problèmes sans lui coller une étiquette définitive qui effraie visiteurs et investisseurs légitimes. Protéger la région commence par lui rendre justice dans la manière de raconter sa réalité.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 27/04/202
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