Carburant au Sénégal : Qui paie la facture réelle ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Maimouna | Publié le 27/04/2026 12:04:00

Carburant au Sénégal : Qui paie la facture réelle ?

Lors de la Ziarra générale, le ministre de l’Intérieur, Me Bamba Cissé, a évoqué l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur les prix des hydrocarbures, tout en saluant les efforts du gouvernement pour maintenir les prix à la pompe.

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Suite de l’article : Pourtant, derrière ce discours rassurant se cache une réalité bien plus amère : le Sénégal affiche les prix les plus élevés de la zone UEMOA, non pas à cause des cours mondiaux, mais en raison d’une fiscalité exorbitante et d’un train de vie de l’État insoutenable. Je le dis sans détour : il est temps de cesser de faire payer au contribuable les excès d’une classe dirigeante déconnectée.

Le Sénégal, nouveau producteur d’hydrocarbures, devrait logiquement bénéficier d’une baisse des coûts énergétiques. Pourtant, le litre de supercarburant y est facturé jusqu’à 990 FCFA, soit bien plus qu’en Côte d’Ivoire (820 FCFA) ou au Niger (499 FCFA). Cette aberration s’explique par une fiscalité écrasante : les taxes représentent jusqu’à 48,5 % du prix du supercarburant, contre 27,82 % au Mali et 34,9 % en Côte d’Ivoire. Pendant ce temps, l’État dépense sans compter, avec un budget 2026 de 7 433,9 milliards FCFA, une dette publique à 132 % du PIB, et des salaires de hauts fonctionnaires et politiques qui défient toute logique.

L’argument selon lequel la hausse des prix internationaux justifie celle des carburants au Sénégal ne tient pas. La vérité, c’est que l’État sénégalais impose des taxes disproportionnées sur les hydrocarbures, tout en maintenant un système de subventions coûteux et inefficace. Entre 2023 et 2025, près de 1 800 milliards FCFA ont été injectés pour subventionner les produits pétroliers, sans que cela ne profite réellement aux ménages. Pire, ces subventions masquent une gabegie généralisée : des directeurs généraux touchent jusqu’à 7 millions FCFA par mois, des ministres roulent en voitures de luxe, et des fonds publics sont détournés vers des entités parapubliques inutiles.

Le Sénégal applique des taxes spécifiques et cachées (FSIPP, FSE, taxe portuaire) qui alourdissent artificiellement le prix à la pompe. À titre de comparaison, le Mali et la Côte d’Ivoire taxent bien moins leurs carburants, ce qui se traduit par des prix bien inférieurs.

Comment justifier que des directeurs généraux gagnent 7 millions FCFA par mois, ou que des ministres bénéficient de voitures de fonction haut de gamme, alors que le pays est endetté à 132 % du PIB ? Le gouvernement a bien supprimé 19 entités parapubliques pour réduire les dépenses, mais cela reste insuffisant.

Subventionner les carburants tout en maintenant des taxes exorbitantes revient à prendre d’une main pour donner de l’autre. L’argent du contribuable est ainsi gaspillé, au lieu d’être investi dans des infrastructures ou des services publics essentiels.

Au Niger, où le pétrole est produit localement, le litre coûte 499 FCFA. En Côte d’Ivoire, le mécanisme d’ajustement mensuel permet de maintenir des prix raisonnables. Au Sénégal, en revanche, l’État préfère taxer lourdement et subventionner à outrance, créant un cercle vicieux de dépendance et de gaspillage.

La « vérité des prix » que redoute Me Bamba Cissé n’est pas celle des cours mondiaux, mais celle d’un système fiscal injuste et d’un État obèse. Plutôt que de préparer l’opinion à une hausse des prix, le gouvernement ferait mieux de réduire drastiquement le train de vie de l’État, de supprimer les avantages indus des hauts fonctionnaires, et de revoir à la baisse les taxes sur les hydrocarbures. Le Sénégal a les moyens de devenir un modèle de gestion sobre et responsable. Encore faut-il que ses dirigeants acceptent de montrer l’exemple.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 27/04/202
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