Je refuse de regarder ailleurs quand plus de 200 personnes disparaissent sous les gravats d’une mine que j’ai parcourue du regard sur des images floues et des témoignages hachés. J’ai entendu l’annonce officielle et j’ai ressenti la même colère devant l’enchaînement de tragédies humaines que l’on savait possibles.
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Suite de l’article : Cette catastrophe sur le site minier de Rubaya, dans l’est de la République démocratique du Congo, rappelle une vérité dérangeante : des vies humaines continuent d’être sacrifiées pour alimenter des composants électroniques dont le monde dépend, sans jamais regarder le coût humain caché derrière chaque circuit imprimé.
Les faits, eux, sont brutaux. Un éboulement meurtrier s’est produit sur ce site situé à environ soixante-dix kilomètres à l’ouest de Goma, dans la province troublée du Nord-Kivu. Le ministère congolais des Mines évoque un bilan de plus de deux cents morts, de nombreux blessés évacués vers les structures sanitaires de Goma et près de soixante-dix enfants parmi les victimes. La zone reste difficile d’accès, les télécommunications y sont régulièrement coupées et les organisations humanitaires n’ont pas les moyens de vérifier ces chiffres de manière indépendante. Ces éléments suffisent pourtant à mesurer l’ampleur du drame.
Derrière la catastrophe se dessine un système que l’on connaît trop bien. Des milliers de mineurs artisanaux creusent chaque jour pour extraire le coltan, minerai stratégique utilisé dans l’industrie électronique. La cité minière de Rubaya, qui s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés, fournirait entre 15 et 30 % de la production mondiale. Depuis avril 2024, le site est passé sous le contrôle du mouvement armé M23, ce qui empêche toute présence des autorités congolaises. Dans ce contexte, l’exploitation se poursuit sans véritable sécurité, dans un environnement où les travailleurs utilisent encore des outils rudimentaires, souvent de simples pelles et des bottes en caoutchouc.
Il est impossible de dissocier cette tragédie du contexte politique et économique qui l’entoure. Lorsqu’un site stratégique échappe au contrôle de l’État et se retrouve entre les mains d’un groupe armé, la loi disparaît et la protection des travailleurs devient illusoire. Les richesses du sous-sol se transforment alors en pièges mortels pour ceux qui les extraient. La présence d’enfants parmi les victimes ajoute une dimension morale insoutenable à ce drame, rappelant que derrière les statistiques se cachent des vies brisées et des familles plongées dans le deuil.
Ce qui s’est produit à Rubaya n’a rien d’un accident isolé. C’est la conséquence prévisible d’une exploitation minière non régulée dans une région marquée par les conflits. Les combats autour de la zone, les tensions persistantes dans l’est de la RDC et l’absence d’encadrement étatique créent un terrain où l’impunité prospère. Trop souvent, la communauté internationale semble tolérer ces tragédies tant que l’approvisionnement en minerais stratégiques reste assuré.
Il reste aujourd’hui des chiffres encore incertains, des communications coupées et des familles dans l’angoisse. Mais une certitude demeure : plus de deux cents vies auraient été englouties dans cette mine. Ce bilan humain devrait provoquer une réaction bien plus forte de la part de ceux qui profitent, directement ou indirectement, des ressources extraites dans ces conditions. Chaque appareil électronique que nous utilisons porte, quelque part dans sa chaîne de production, l’ombre de ces drames invisibles.
Se souvenir de Rubaya, ce n’est pas seulement compter les morts. C’est refuser l’indifférence face à un système qui transforme des mines en cimetières. Et c’est rappeler que derrière le coltan qui alimente nos technologies se trouvent des hommes, des femmes et des enfants dont la vie ne devrait jamais être le prix du progrès.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 21/04/2026
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