VFS Global en Afrique : Le business des visas mis à nu - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 11/06/2026 09:06:00

VFS Global en Afrique : Le business des visas mis à nu

VFS Global, entreprise indienne majoritairement détenue par le fonds Blackstone, gère les prises de rendez‑vous et le traitement de demandes de visa dans 168 pays et est en contrat avec 71 gouvernements.

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Suite de l’article : Entre 2017 et 2024, ses bénéfices opérationnels sont passés de 31 à 171 millions d’euros, d’après ses états financiers déposés au Luxembourg. J’observe que cette croissance coïncide avec la montée en puissance de services payants dits « à valeur ajoutée ».

Une enquête conduite avec quatorze médias a mis en lumière en Afrique la pression commerciale exercée sur les agents et l’existence d’agences parallèles qui vendent des rendez‑vous et des prestations annexes à des tarifs élevés.

Le modèle économique repose sur la monétisation des services optionnels. Les reçus analysés montrent que ces services représentent environ 30 % du chiffre d’affaires mondial de l’entreprise. En Afrique du Sud et au Kenya, la part dépasse le tiers des revenus locaux, tandis qu’au Nigeria elle excède le quart, chiffres qui s’écartent du volume global de demandes, lequel n’a crû que de 15 % entre 2017 et 2024. La comparaison entre l’évolution des bénéfices et celle des demandes illustre une logique qui n’est pas liée à un simple accroissement d’activité administrative mais à une extraction de revenus annexes.

Sur le terrain, anciens et actuels employés rapportent des objectifs commerciaux précis: formation à la vente des VAS, primes liées aux volumes et pratiques consistant à ajouter systématiquement des frais de SMS ou d’envoi sans toujours clarifier leur caractère facultatif. Des rapports d’inspection transmis par des États membres de l’espace Schengen et par des services européens font état d’une « pression excessive » pour promouvoir ces services et d’un flou sur leur obligation réelle. Ces documents citent des anomalies remontant à 2024 et 2025, corroborant les témoignages locaux.

Aux marges du réseau officiel, des agences parallèles exploitées par des personnes connaissant le système proposent des rendez‑vous rapides contre paiement, avec des commissions versées en interne selon plusieurs enquêtes. Des cas concrets ont été documentés: à Dakar, des frais allant de 75 000 à 200 000 francs CFA pour obtenir un créneau; à Kinshasa, une transaction enregistrée facturant 650 euros pour un visa dont le prix officiel est bien moindre. Face à ces pratiques, l’entreprise a annoncé des mesures techniques : mot de passe à usage unique, CAPTCHA, et campagnes de sensibilisation pour décourager les fraudeurs.

Les éléments financiers et les constats opérationnels dressent un tableau où la frontière entre prestation de service public externalisée et activité commerciale se brouille. Le recours systématique aux VAS transforme l’acte administratif de dépôt de dossier en vecteur de revenus récurrents, au risque d’appauvrir les plus vulnérables et d’alimenter les circuits frauduleux.

Les données montrent des tensions entre mandats gouvernementaux de gestion des flux migratoires et la logique commerciale d’un prestataire privé. Je constate que les mécanismes observés formation à la vente, objectifs de performance, commissions, parts de chiffre d’affaires significatives forcent une relecture des responsabilités: quand l’accès à une procédure publique dépend d’une chaîne de services payants, la mission de service public perd de sa lisibilité et les demandeurs se retrouvent exposés à des coûts et à des pratiques opaques.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Modou Ka.
Mis en ligne : 11/06/2026

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