Sabotage à Manantali : Bamako au bord de l'asphyxie - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Emmanuel | Publié le 24/07/2026 05:07:00

Sabotage à Manantali : Bamako au bord de l'asphyxie

Depuis deux jours, Bamako subit d’importantes coupures d’électricité et d’eau à la suite d’un acte de sabotage sur la ligne à haute tension qui alimente la capitale depuis le barrage de Manantali, ont indiqué la société Énergie du Mali (EDM) et la SOMAGEP lundi.

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Suite de l’article : Les autorités de l’eau n’ont pas identifié les auteurs. Ces perturbations surviennent alors que le JNIM impose depuis des mois des barrages routiers et incendie des véhicules sur les axes menant à la ville.

La crise sécuritaire malienne, déclenchée en 2012, oppose des groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique à l’État, ainsi que des bandes criminelles et des séparatistes.

La coupure de la ligne depuis Manantali interrompt le réseau de transport d’électricité qui alimente les stations de pompage urbaines, provoquant l’arrêt de la distribution d’eau potable dans plusieurs quartiers de Bamako. Sans alimentation électrique, les forages municipaux ne fonctionnent plus, et les ménages se tournent vers de petites installations de forage alimentées par des panneaux solaires ou vers des puits de quartier. Sur le plan sanitaire et économique, l’impact est immédiat : hôpitaux et centres de santé doivent recourir à des groupes électrogènes, les commerces alimentaires perdent des stocks réfrigérés, et le travail informel, déjà fragile, subit des interruptions.

Des témoignages recueillis dans la capitale donnent un visage humain à ces effets. Oumar Touré, enseignant de 42 ans, a déclaré : « Pas de ventilateurs, pas de réfrigérateur, et surtout, pas une goutte d’eau au robinet depuis plus de 24 heures. » Une mère de famille issue de la périphérie a ajouté : « Nous nous sommes réveillés à 4 h du matin pour remplir des jerrycans ; la douche devra attendre. » Les files devant les points d’eau solaires et les puits s’allongent, et certains propriétaires de forages indiquent que les réserves s’épuisent.

La tactique des groupes armés — barrages, incendie d’autobus, de camions de marchandises et de camions-citernes — cherche à asphyxier les flux logistiques et à fragiliser l’économie locale. La destruction d’infrastructures électriques et la coupure des approvisionnements renforcent un cercle vicieux : moindre production, moins d’emploi, moins de recettes fiscales, moins d’investissements. À l’échelle des entreprises, l’irrégularité des services augmente le coût de fonctionnement et réduit la compétitivité ; pour les jeunes diplômés et les compétences recherchées, l’absence de services fiables constitue un facteur d’éloignement.

Des éléments techniques renforcent la vulnérabilité : le barrage de Manantali, situé à la frontière entre le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, alimente une part importante du réseau malien, ce qui rend la capitale dépendante d’un nombre limité de liaisons à haute tension. Lorsque l’une de ces liaisons est mise hors service, les capacités de reroutage sont limitées et les réparations exigent sécurité et accès sur des axes parfois contrôlés par des groupes armés. Cette fragilité structurelle explique pourquoi une attaque ponctuelle peut déboucher sur des interruptions prolongées.

La répétition des incidents changerait la donne pour Bamako. Si ces coupures deviennent fréquentes, la ville risque de perdre des entreprises qui nécessitent un approvisionnement continu, de voir s’amenuiser l’activité des secteurs exportateurs et de décourager les talents mobiles qui choisissent des environnements urbains stables. En comparaison avec des capitales régionales mieux connectées, la perception de risques récurrents pèse sur les décisions d’investissement et sur la mobilité professionnelle.

La situation actuelle illustre qu’une attaque sur une infrastructure critique dépasse l’impact immédiat : elle fragilise les services essentiels, accroît la vulnérabilité économique et érode la qualité de vie urbaine. Si la combinaison d’insécurité et de dépendance à des liaisons énergétiques isolées perdure, Bamako pourrait basculer vers un modèle urbain marqué par des services dégradés, avec des conséquences durables pour l’économie et pour les populations.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Oumar Keita.
Mis en ligne : 24/07/2025

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