Je lisais ce week-end un article de RFI sur la situation à Bandiagara, au Mali, et je n’ai pu m’empêcher de ressentir une profonde indignation, teintée de tristesse. Un adjoint au maire, Habib Yalcoué, a été assassiné chez lui, devant sa famille, simplement parce qu’il prônait des accords locaux avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim).
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Suite de l’article : Pendant ce temps, les attaques jihadistes se multiplient, les déplacements de populations s’intensifient, et les réfugiés affluents du Burkina Faso s’entassent dans des infrastructures déjà saturées. La réponse militaire, aussi musclée soit-elle, ne fonctionne pas. Et je ne peux m’empêcher de dire : jusqu’à quand allons-nous continuer à ignorer l’évidence ?
Bandiagara, cette région emblématique du Mali, est devenue le théâtre d’une tragédie annoncée. Depuis des années, les groupes jihadistes comme le Jnim étendent leur influence, tandis que les chasseurs traditionnels dozos, organisés en milices d’autodéfense comme Dan Na Ambassagou, tentent de résister. Mais à quel prix ? Des dizaines de morts en quelques semaines, des villages attaqués, des familles déplacées, et une population prise en étau entre deux feux.
Le 30 mai, Habib Yalcoué, directeur d’école et premier adjoint au maire de Kendié, a payé de sa vie son plaidoyer pour des accords locaux avec le Jnim. Son crime ? Avoir osé proposer une alternative à la violence : la négociation. Pourtant, les autorités maliennes et leurs alliés continuent de miser sur la force, comme si les balles pouvaient effacer les causes profondes de cette crise.
L’article de RFI révèle une vérité crue : les opérations militaires, aussi bien intentionnées soient-elles, ne suffisent pas. Le Jnim a mené une série d’attaques en mai, faisant plus de 70 morts, voire 120 selon Dan Na Ambassagou. Pourtant, les ministres de la Réconciliation nationale et de la Santé se sont rendus sur place pour rassurer les populations et promettre une sécurisation du territoire. Mais où sont les résultats ?
Les déplacements de populations s’accélèrent. Le HCR signale un afflux massif de réfugiés burkinabè à Koro, une ville déjà submergée par des dizaines de milliers de personnes. Les infrastructures sont saturées, les ressources humanitaires insuffisantes. On ne peut plus se contenter de réagir à la crise : il faut la prévenir.
Et pendant ce temps, les milices d’autodéfense, comme Dan Na Ambassagou, sont accusées de régler leurs comptes avec ceux qui prônent des accords locaux. La violence appelle la violence, et les civils en paient le prix.
Je ne nie pas l’importance de la sécurité. Mais une stratégie purement militaire est vouée à l’échec si elle n’est pas accompagnée d’une approche sociale et politique. Voici pourquoi :
Les communautés locales, comme à Bandiagara, ne font plus confiance aux autorités. Quand un adjoint au maire est assassiné pour avoir tenté de négocier, quel message envoie-t-on aux autres ? Que la collaboration avec l’État est dangereuse, voire mortelle. Les attaques du Jnim visent des villages sous la protection des dozos. Si les milices locales ne peuvent pas garantir la sécurité, comment l’État peut-il le faire ?
Les milices d’autodéfense, comme Dan Na Ambassagou, sont accusées de violences contre ceux qui prônent des accords avec les jihadistes. On ne brise pas un cycle de violence par plus de violence. Les interventions comme Serval ou Barkhane ont montré leurs limites. Comme le soulignait France 24, étendre l’intervention à cinq pays du Sahel a rendu la mission « quasi impossible ». Le Mali n’est pas un cas isolé. Au Burkina Faso, au Niger, la même recette a échoué.
Regardez ce qui se passe au Burkina Faso. Les groupes jihadistes y ont pris le contrôle de vastes zones, et les déplacements de populations y sont devenus une norme. Le Mali suit la même voie. Les réfugiés burkinabè qui arrivent à Koro fuient les mêmes violences que celles qui ravagent Bandiagara.
Au Niger, les tensions entre l’État et les communautés locales ont aussi alimenté l’instabilité. La leçon est claire : sans reconstruction du lien entre les autorités et les populations, sans protection réelle des civils, les opérations militaires ne feront que reporter le problème.
Je ne veux pas être pessimiste, mais l’optimisme aveugle serait criminel. La situation à Bandiagara montre que les réponses purement militaires ont atteint leurs limites. Les attaques persistent, les déplacements de populations s’intensifient, et la confiance entre l’État et les communautés locales s’effrite.
Il faut une approche globale : sécuriser, oui, mais aussi négocier, reconstruire la confiance, et protéger les civils. Tant que l’État malien et ses alliés ne mettront pas ces priorités au cœur de leur stratégie, les violences continueront à fragiliser le pays.
Je ne demande pas à abandonner la lutte contre le jihadisme. Je demande à ce qu’elle soit intelligente. Car une guerre sans fin n’est pas une victoire : c’est une défaite annoncée.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 06/06/2026
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