Sénégal : Faut-il abroger une loi qui protège l’impunité ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Justice | Par Maimouna | Publié le 03/05/2026 08:05:00

Sénégal : Faut-il abroger une loi qui protège l’impunité ?

L’article publié le 21 avril 2026 relance le débat sur la loi d’amnistie adoptée en mars 2024 au Sénégal, un texte qui couvre les infractions commises lors des violences politiques entre 2021 et 2024.

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Suite de l’article :  Alioune Tine, fondateur du think tank Africa Jom Center, y plaide pour une abrogation immédiate et une justice indépendante. Je partage cette position : cette loi, loin d’apaiser les tensions, représente un déni de justice pour les victimes et une menace pour l’État de droit.

La loi d’amnistie a été adoptée dans un contexte de crise politique aiguë, marqué par des dizaines de morts, des arrestations arbitraires et des actes de torture lors des manifestations de 2021 à 2024. Promulguée par l’ancien président Macky Sall, elle visait officiellement à « apaiser » le climat politique, mais son champ d’application, couvrant tous les faits « susceptibles de revêtir la qualification d’infraction criminelle ou correctionnelle », a suscité une vive controverse. Selon Amnesty International et Human Rights Watch, cette loi « ouvre la voie à l’impunité pour des crimes graves » et constitue un « affront aux victimes ».

Les défenseurs de la loi invoquent la nécessité de la stabilité politique. Pourtant, en amnistiant des crimes graves sans enquête indépendante, le Sénégal se place en contradiction avec ses obligations internationales, notamment la Convention contre la torture et le Statut de Rome. Un rapport de l’Université de Stanford et d’Africa Jom Center souligne que cette loi viole le droit international et prive les victimes de justice. Le Conseil constitutionnel a d’ailleurs invalidé une tentative de révision de cette loi en 2025, rappelant que les crimes graves sont imprescriptibles.

Plus de 60 personnes ont été tuées lors des manifestations, et des centaines blessées ou arbitrairement détenues. La loi d’amnistie a entraîné le classement pur et simple des plaintes déposées par les familles des victimes, les privant de toute possibilité de réparation.

En refusant d’établir les responsabilités, cette loi encourage l’impunité et fragilise l’État de droit. Elle envoie un message clair : les crimes commis par les forces de l’ordre ou les manifestants peuvent rester impunis, pourvu qu’ils soient « politiquement motivés ».

Plutôt que de réconcilier, cette loi divise. L’opposition et la société civile la dénoncent comme un outil de protection des responsables de l’ancien régime, tandis que les victimes se sentent abandonnées.

Le Sénégal n’est pas le seul pays à avoir recours à l’amnistie pour tenter de résoudre une crise politique. Au Venezuela, une loi d’amnistie récente a été critiquée pour son application sélective, excluant certains opposants et maintenant une justice à deux vitesses. Au Pérou, une loi similaire a été condamnée par l’ONU comme un « affront aux victimes » et une violation du droit international. Ces exemples montrent que l’amnistie, lorsqu’elle est mal conçue, peut aggraver les tensions plutôt que les apaiser.

Je suis convaincu que la stabilité politique ne peut se construire sur le sacrifice de la justice. Le Sénégal, souvent cité en exemple pour sa démocratie, ne peut se permettre de bafouer ses propres principes. L’abrogation de la loi d’amnistie et l’ouverture d’enquêtes indépendantes sont des étapes indispensables pour rétablir la confiance des citoyens dans leurs institutions. Comme le souligne Alioune Tine, il est temps de « guérir les démons de la violence » et de réenchanter la démocratie sénégalaise par la vérité et la responsabilité.

La vraie réconciliation ne passe pas par l’oubli, mais par la justice.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 03/05/202
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