Pardon présidentiel : Geste humanitaire ou calcul politique ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Justice | Par Emmanuel | Publié le 01/06/2026 11:06:30

Pardon présidentiel : Geste humanitaire ou calcul politique ?

Je ne crois pas à la générosité soudainement découverte d’un pouvoir qui, jusqu’ici, cultivait le silence et la mise à l’écart.

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Suite de l’article : J’affirme que la grâce accordée à ce journaliste ressemble moins à une réparation qu’à un calcul politique destiné à étouffer des voix gênantes. L’émotion légitime que suscite une sortie de prison ne doit pas effacer la nécessité de poser des questions sur le timing, les motivations et le message envoyé aux victimes et aux institutions judiciaires. Je refuse que la lumière soit remplacée par un écran de fumée.

Un massacre a profondément marqué une région, des familles ont perdu des êtres chers et un procès long et conflictuel a abouti à une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité. Le protagoniste a proclamé son innocence pendant des années et a même entamé une grève de la faim, déclarant: « Je refuse de mourir en silence ». La présidence a choisi de transformer cette affaire sensible en geste visible et immédiat, sans que l’on sache si des mécanismes institutionnels ont été réellement interrogés. La grâce, par nature discrétionnaire, ne répare pas nécessairement les failles procédurales ni les erreurs éventuelles de l’instruction.

Une grâce qui arrive après huit années de prison, alors que le dossier a polarisé l’opinion, a toutes les apparences d’un acte politique. Le pouvoir a l’outil parfait pour apaiser des esprits et récupérer une partie de l’opinion critique. Le geste peut calmer les militants de la liberté de la presse, donner des gages aux observateurs nationaux et internationaux, et permettre au président de revendiquer une posture conciliante. Ce calcul ne demande ni transparence ni responsabilité. Il suffit d’un décret et d’une photo pour changer le récit public, sans ouvrir le coffre des procédures judiciaires et sans exiger des comptes sur les erreurs possibles.

Une vraie réparation aurait supposé la révision du procès, la publication de pièces, voire une expertise indépendante sur les éléments de preuve. Une grâce ne rend rien de tout cela et laisse intact le mystère sur la solidité des condamnations prononcées. Le système judiciaire conserve ses zones d’ombre et les familles des victimes demeurent privées de réponses complètes. La liberté rendue en dehors d’un processus transparent risque d’apparaître comme une concession tactique et non comme une victoire de la justice.

L’apparence est soignée, mais la blessure reste dangereuse. J’ajoute une seconde comparaison: la grâce ressemble aussi à un rideau tiré sur une scène où il faudrait rouvrir le débat, scruter les témoignages et confronter les preuves. Ces images ne visent pas à nier l’ampleur de la souffrance personnelle du journaliste, mais à souligner que la politique peut instrumenter la clémence pour neutraliser ses adversaires ou pour gagner du crédit moral sans réformer.

Des années d’instruction, des appels, une condamnation confirmée en appel et un seul bénéficiaire d’un processus judiciaire qui a concerné plusieurs suspects. Le geste présidentiel intervient après des épisodes de tension régionale et après des critiques sur la gestion de la paix en Casamance. Tout cela compose un environnement propice à l’opportunisme.

Je ne demande pas que l’on refuse la liberté à une personne libérable. Je réclame de la cohérence et de la transparence. Si l’État veut vraiment réparer une injustice et restaurer la confiance, il doit ouvrir les dossiers, autoriser des expertises indépendantes, et renforcer les garanties pour les journalistes en zone de conflit.

Sans ces gestes, la grâce restera un symptôme: un langage politique qui cherche à neutraliser des voix plutôt qu’à assainir les institutions. La question reste simple et lourde de conséquences: libérer sans expliquer, est-ce redonner la paix ou maquiller une stratégie? Je penche pour la seconde option et j’appelle à regarder l’arrière-scène avec plus de méfiance que d’applaudissements.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 01/06/202
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