L’annonce a fait l’effet d’une bombe : Reug Reug, star montante de la lutte sénégalaise, se voit infliger une suspension de six mois et une retenue de 10 % sur son reliquat pour avoir utilisé des chatons lors d’un bain mystique.
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Suite de l’article : Gris Bordeaux, président des lutteurs en activité, dénonce une décision « émotionnelle » et « inadmissible ». Je partage son indignation, mais je vais plus loin : cette sanction révèle une hypocrisie criante. Pourquoi s’offusquer aujourd’hui de pratiques ancestrales, alors que la lutte sénégalaise, depuis des décennies, baigne dans un univers où les rituels impliquant des animaux moutons, poulets, ou autres sont monnaie courante ? La protection animale ne doit pas être un coup de communication, mais un principe constant et équitable.
La lutte sénégalaise, ou laamb, est bien plus qu’un sport : c’est une institution culturelle, un héritage spirituel où les rituels magico-religieux font partie intégrante du spectacle. Les écuries comme celle de Fass, par exemple, défilent avec des moutons noirs, des miroirs ou des fétiches, sans que cela ne choque personne. Ces pratiques, issues des traditions wolof, sérère ou diola, sont même célébrées comme une expression de l’âme sénégalaise. Alors, pourquoi Reug Reug devient-il le seul à payer pour des méthodes que des générations de lutteurs ont utilisées sans sourciller ?
La réponse est simple : l’émotion a pris le pas sur la raison. La polémique médiatique a poussé la Fédération à agir dans l’urgence, sans se soucier de la cohérence. Pourtant, si l’on veut vraiment protéger les animaux, il faut le faire de manière systématique, et non pas sous le coup de l’indignation sélective.
Gris Bordeaux a raison de souligner que la sanction doit reposer sur des textes clairs. Or, l’utilisation de chatons dans un bain mystique n’est mentionnée dans aucun règlement fédéral. La FSL a donc agi a posteriori, en créant une règle ad hoc pour calmer la polémique. Pire encore, la retenue de 10 % sur le reliquat — souvent vital pour les lutteurs — n’a aucune base légale. C’est une double peine : une suspension arbitraire, assortie d’une amende tout aussi arbitraire.
Cette décision pose un problème majeur : l’improvisation juridique. Si la Fédération veut encadrer les pratiques mystiques, qu’elle le fasse de manière transparente et équitable, en consultant tous les acteurs. Mais là, on a l’impression d’une justice à deux vitesses, où certains lutteurs peuvent défiler avec des animaux sans problème, tandis que d’autres sont sanctionnés pour des actes similaires.
Premièrement, la sélectivité est flagrante. Combien de lutteurs ont utilisé des animaux dans leurs rituels sans être inquiétés ? Pourquoi Reug Reug et pas les autres ? Si la FSL veut vraiment lutter contre la maltraitance animale, qu’elle commence par auditer l’ensemble des écuries et interdire toutes les pratiques impliquant des animaux, sans exception.
Deuxièmement, la disproportion est évidente. Suspendre un lutteur pour six mois et lui retirer 10 % de ses revenus — parfois son seul moyen de subsistance — pour un acte non prévu par les textes, c’est confondre rigueur et punition exemplaire. La Fédération semble avoir cédé à la pression médiatique plutôt qu’à l’équité.
Enfin, la protection animale ne doit pas être un outil politique. En 2021, les Jeux Olympiques de Tokyo ont été secoués par des scandales de maltraitance animale dans le pentathlon moderne, où des chevaux étaient frappés pour les forcer à performer. Pourtant, ces pratiques n’ont pas entraîné de remise en question globale. Pourquoi le Sénégal appliquerait-il des standards plus stricts que le reste du monde ? Soit on protège tous les animaux, partout, tout le temps — soit on assume que la lutte sénégalaise a ses propres codes, et on les respecte.
Dans le sport international, les exemples de maltraitance animale tolérée ne manquent pas. Les courses de chevaux, les combats de coqs, ou même l’utilisation d’animaux dans les cérémonies sportives sont souvent passées sous silence. Pourquoi la lutte sénégalaise serait-elle la seule à devoir se plier à des normes qu’elle n’a jamais intégrées ? Si la FSL veut moderniser la discipline, qu’elle le fasse avec pédagogie, en expliquant les nouvelles règles et en donnant aux lutteurs le temps de s’adapter. Mais là, on a l’impression d’une chasse aux sorcières, où Reug Reug paie pour des décennies de tolérance.
Je ne nie pas l’importance de la protection animale. Mais une règle doit s’appliquer à tous, ou à personne. Sanctionner Reug Reug aujourd’hui, alors que des pratiques similaires sont tolérées depuis des années, c’est faire preuve de mauvais foi. La Fédération a le devoir de clarifier ses textes et de les appliquer de manière uniforme, plutôt que de céder à l’émotion du moment.
La lutte sénégalaise mérite mieux que cette justice à géométrie variable. Soit on accepte que les rituels font partie de son ADN, et on les encadre avec intelligence. Soit on décide de les interdire, mais alors il faut le faire pour tous, sans exception. En attendant, cette sanction reste une tache sur l’équité sportive — et une insulte à l’intelligence collective.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 20/06/2026
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