Mémorandum Trump‑Téhéran : Une trêve qui inquiète le Golfe - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - International | Par Maimouna | Publié le 25/06/2026 02:06:30

Mémorandum Trump‑Téhéran : Une trêve qui inquiète le Golfe

Les premières négociations entre Washington et Téhéran se sont ouvertes près de Stansstad, en Suisse, en juin 2026, après la signature d’un mémorandum d’entente entre l’administration Trump et l’Iran la semaine précédente.

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Le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf a annoncé lundi que les conditions dans le détroit d’Ormuz ne redeviendraient pas celles d’avant-guerre et que Téhéran entendrait « administrer » ce passage, avec l’idée d’imposer des frais aux navires. La guerre entre États-Unis, Israël et Iran avait débuté le 28 février 2026.

Cette séquence a ravivé l’inquiétude des monarchies du Golfe, qui se disent exclues des discussions et exposées aux conséquences d’un changement du régime du passage maritime stratégique.

Le projet iranien de taxer le transit dans le détroit d’Ormuz pose un risque direct pour la liberté de navigation et pour l’économie mondiale. Le détroit est l’un des passages maritimes les plus fréquentés pour le pétrole et le gaz liquéfié, et il relie la mer d’Arabie au golfe Persique. Toute remise en cause du statu quo juridique et opérationnel y introduirait un précédent inédit: la transformation d’une voie internationale en corridor soumis à des « frais de service » imposés par un État côtier.

Plusieurs facteurs augmentent l’ampleur du risque. D’abord, pendant le conflit de février, l’Iran a démontré sa capacité militaire régionale en visant des infrastructures et en verrouillant temporairement le trafic maritime, y compris par des actions de drones et de missiles. Ensuite, le mémorandum récemment signé a été perçu par des pays du Conseil de coopération du Golfe comme favorable à Téhéran, ce qui renforce la défiance et accroît la probabilité d’incidents locaux causés par des acteurs non étatiques ou par des lignes dures. Enfin, la décision politique iranienne d’envisager une tarification du passage revient à questionner l’application pratique des conventions internationales sur la liberté de navigation.

Les conséquences économiques possibles sont concrètes et mesurables. Si des navires de commerce et surtout des pétroliers devaient s’acquitter d’un péage ou modifier leurs routes pour éviter le détroit, le coût du transport augmenterait, les primes d’assurance monteraient et des approvisionnements énergétiques sensibles pourraient connaître des retards. Le détroit d’Ormuz concentre un flux significatif des exportations de brut et de gaz vers l’Asie et l’Europe; une perturbation durable se traduirait par une volatilité des marchés énergétiques et par des répercussions sur les prix à la consommation dans des économies dépendantes des importations d’hydrocarbures.

Sur le plan juridique et diplomatique, la perspective d’une administration nationale du passage heurte le droit maritime international consacré. Les États riverains et les compagnies maritimes internationales font reposer leurs activités sur des règles qui garantissent un transit sûr et sans entrave. La mise en place d’un système de facturation imposerait aux armateurs et aux États importateurs de renégocier des contrats, de revoir des chaînes logistiques et d’envisager des itinéraires plus longs et plus coûteux, ce qui fragiliserait des secteurs industriels et commerciaux interdépendants.

Des éléments factuels renforcent ces inquiétudes: les pays du Golfe ont été directement attaqués pendant le conflit, les Émirats ayant subi une part importante des frappes, et les dirigeants régionaux n’ont pas participé aux discussions ayant produit le mémorandum. Les États-Unis ont dépêché des responsables régionaux, notamment lors d’une tournée diplomatique du secrétaire d’État adjoint du 23 au 25 juin, pour rassurer leurs alliés sans toutefois modifier l’architecture du texte signé.

La combinaison d’un précédent juridique, d’une capacité militaire démontrée et d’un contexte diplomatique exclusif crée une conjoncture où la simple mise en chantier d’un système de taxation du détroit d’Ormuz suffit à menacer la liberté de navigation et à exposer l’économie mondiale à des perturbations dont l’ampleur reste difficile à prévoir. La situation impose une attention soutenue des États riverains, des organisations maritimes et des partenaires commerciaux, qui doivent suivre l’évolution des négociations et anticiper des conséquences pratiques pour les routes et les coûts du commerce international.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Lamine Sarr.
Mis en ligne : 25/06/2026

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