Je refuse de croire qu’un État sérieux puisse confondre gestion publique et mécanique de redistribution salariale sans résultat tangible pour les citoyens. J’assume mon constat : le choix de prioriser la masse salariale transforme l’argent public en un filtre qui absorbe les ressources sans améliorer les services essentiels.
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Suite de l’article : Sur trois mois, 1 482,7 milliards de FCFA ont été dépensés et l’on observe une distribution qui en dit long sur les priorités mal calibrées d’un pouvoir qui préfère payer des salaires plutôt que de soigner, d’enseigner et d’investir efficacement.
Les chiffres sont éclairants et rageants à la fois. Les dépenses ordinaires ont atteint 1 185,5 milliards de FCFA, dont 375,1 milliards consacrés à la rémunération de 195 144 agents. Les salaires ont donc pris une part disproportionnée du premier trimestre, avec une hausse de 18 milliards par rapport à la même période précédente. À côté de cela, la facture d’eau de l’administration a englouti 15,5 milliards et les intérêts de la dette ont coûté 285 milliards. Pendant que l’État verse 165,5 milliards en compensation énergétique, les structures de santé reçoivent 6,5 milliards et l’Agence de la Couverture sanitaire universelle 8,1 milliards. Les bourses étudiantes pèsent 40,4 milliards et les universités 27,5 milliards, des montants utiles mais bien maigres face à l’ampleur du reste du budget.
Je trouve inacceptable que les investissements exécutés par l’État atteignent seulement 3,3 milliards, soit 0,3% des prévisions de la loi de finances initiale. Ce chiffre devrait provoquer une onde de choc : quand l’investissement réel est symbolique, on sacrifie l’avenir au bénéfice du présent. Les dépenses en capital se sont élevées à 297,2 milliards, mais une partie provient de prêts-projets et de dons ; la capacité du pays à financer ses propres infrastructures reste insuffisante. Les transferts en capital montrent des choix discutables : 88,1 milliards pour la campagne agricole, avec 82,9 milliards sur l’amélioration de la productivité, puis des dépenses pour la mécanisation et l’acquisition d’avions pour une compagnie nationale. Ces orientations ne remplacent pas des services publics solides.
Ma critique porte sur la logique qui guide ces arbitrages. Quand la masse salariale devient l’axe central, l’État perd sa capacité à garantir l’accès à la santé, à l’éducation et aux infrastructures. Comparer 375,1 milliards pour les salaires et 6,5 milliards pour les hôpitaux donne une idée de l’absurde : on paie massivement des agents sans offrir les moyens d’assurer des soins dignes. Comparer la dépense pour la dette et la compensation énergétique avec l’investissement exécuté rend le tableau encore plus cru : on gère des sorties de trésorerie et des subventions, mais on n’investit pas dans la résilience du pays.
Il y a aussi un problème d’efficacité financière et d’impact social. Une masse salariale gonflée sans réformes de productivité crée des rentes et des postures, pas des services. Les transferts aux entreprises publiques, comme des versements à une compagnie aérienne et des dépenses pour deux avions, soulèvent des questions sur la priorisation : préfère-t-on soutenir des actifs stratégiques mal exploités ou renforcer les hôpitaux, les salles de classe et les infrastructures rurales ? Je considère que ces choix témoignent d’une vision à court terme ou d’une incapacité à discipliner la dépense publique.
Je ne dis pas que les salaires sont inutiles ; je dis que l’emphase actuelle sur la masse salariale étouffe les véritables missions de l’État. Une administration efficace exige des agents bien formés et bien payés, mais cela suppose aussi que la dépense salariale soit accompagnée d’investissements qui rendent ces postes utiles. Sans cela, l’argent public sert d’abord à maintenir des statuts plutôt qu’à délivrer des services.
Je finis par un constat amer mais net : continuer sur cette voie reviendrait à accepter que l’État fonctionne comme une grande régie de salaires plutôt que comme le garant du bien public. Je veux que l’on revoie les priorités budgétaires, que l’on exige des arbitrages qui renforcent la santé publique, l’éducation et l’investissement, et que l’on cesse de confondre paiement de feuilles de paie et progrès national. Si l’on persiste à confier l’avenir aux mêmes choix, le pays perdra des décennies de possibilités pour assurer une vie meilleure à ses concitoyens.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 07/08/2026
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