20 milliards de la BAD : Cadeau empoisonné pour le Sénégal ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Maimouna | Publié le 20/08/2026 12:08:30

20 milliards de la BAD : Cadeau empoisonné pour le Sénégal ?

Le Conseil d’administration de la Banque africaine de Développement (Bad) a approuvé un financement d’environ 20 milliards de FCFA destiné au Sénégal pour soutenir des réformes de gestion des finances publiques, la mobilisation des ressources intérieures et l’attraction d’investissements privés.

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Suite de l’article : Le financement est présenté comme lié aux « conclusions de l’audit de la Cour des comptes sur la situation des finances publiques couvrant la gestion de 2019 au 31 mars 2024 ». La Bad précise que le projet visera la modernisation de l’administration fiscale, l’amélioration de la gestion de la dette publique et l’efficience des dépenses publiques.

Le communiqué de la Bad est resté lacunaire sur des modalités précises de mise en œuvre et sur des garanties financières explicites. Wilfrid Abiola, responsable du bureau pays du Groupe de la Bad au Sénégal, a déclaré : « Par cette opération, la Bad réaffirme son engagement aux côtés du Sénégal pour consolider les réformes économiques ». Cette annonce arrive alors que le Sénégal traverse des tensions budgétaires et multiplie les annonces de réforme.

Le pays fait face à des besoins de consolidation budgétaire après plusieurs années d’investissements publics soutenus, et l’audit mentionné souligne des faiblesses de gouvernance et de contrôle. Le contenu public du financement laisse cependant peu de détails sur les indicateurs de performance, sur l’allocation précise des fonds et sur les mécanismes de suivi indépendants qui permettraient d’assurer que les ressources génèrent des recettes durables.

Le principal risque tient à la combinaison entre un apport financier identifiable et des réformes décrites de façon générale. Sans conditions contraignantes attachées au décaissement et sans calendrier chiffré, les 20 milliards de FCFA augmentent le stock d’obligations financières sans réduire immédiatement la fragilité budgétaire. Si les recettes fiscales n’augmentent pas rapidement ou si les économies promises sur les dépenses publiques tardent à se matérialiser, l’État devra mobiliser d’autres ressources pour honorer ses engagements, ce qui peut accroître le recours à l’endettement intérieur ou extérieur.

Des mécanismes de pression budgétaire existent déjà: une gestion de la dette peu transparente peut accroître la prime de risque exigée par les créanciers, et des engagements conditionnés à des instruments de financement climatique peuvent créer des coûts supplémentaires si les résultats escomptés ne sont pas atteints. À titre de comparaison, des pays africains qui ont accumulé des engagements extérieurs sans ajustements budgétaires suffisants ont dû renégocier leurs dettes ou solliciter des programmes d’ajustement. La Zambie a fait défaut sur sa dette souveraine en 2020 après une accumulation de créances externes, et le Ghana a connu des tensions fortes sur ses marchés financiers en 2022-2023 avant de chercher un appui externe.

Un deuxième point d’attention concerne l’articulation entre réformes structurelles et soutien budgétaire. La Bad évoque l’amélioration de l’environnement des affaires et le renforcement du secteur privé pour augmenter l’attractivité des investissements, mais le communiqué n’expose pas les mesures législatives ou réglementaires précises qui seraient mises en œuvre ni les garanties offertes aux investisseurs. Sans réformes institutionnelles vérifiables et sans surveillance indépendante, l’effet attendu sur la croissance et sur la base fiscale peut rester limité.

Enfin, la nature et l’échelle du financement doivent être replacées dans le contexte de la dette globale du pays. Un apport de l’ordre de dizaines de milliards de FCFA conserve un poids budgétaire si les recettes ne progressent pas. L’absence de conditions détaillées publiques, l’absence d’un calendrier clair et le recours aux instruments de financement sans garanties explicites exposent le Sénégal à un alourdissement des obligations financières.

Le financement approuvé par la Bad repose sur des objectifs plausibles de modernisation et de mobilisation des ressources, mais il est assorti d’informations publiques insuffisantes sur les garanties, les indicateurs et le calendrier. La combinaison d’un décaissement identifiable et de réformes formulées de manière générale crée un vecteur de risque: les ressources peuvent améliorer la trésorerie à court terme tout en laissant persister la vulnérabilité budgétaire à moyen terme si les engagements de gouvernance et de performance ne sont pas strictement vérifiés.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Mbaye Dione.
Mis en ligne : 20/08/2026

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