Ousmane Sonko use d’une rhétorique de victime qui n’est pas sans conséquences : en désignant l’opposition comme une force prête à « liquider » des adversaires, il attise les peurs et fragilise des équilibres institutionnels déjà tendus.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : Cette posture offensive, présentée comme légitime défense, doit être regardée comme un choix stratégique à haut risque pour la cohésion sociale du pays.
Le contexte est simple et concret. La rupture au sein de Pastef et les tensions visibles avec Bassirou Diomaye Faye ont placé la scène politique sous haute tension. Les incidents de communication, les retraits de membres de groupes WhatsApp et les réaménagements de coordinations illustrent une organisation en mutation et en conflit. Dans ce climat, le rôle du président de l’Assemblée nationale reste central : l’Assemblée est décrite par lui comme un « verrou » dont la perte mènerait, selon ses mots, le pays « vers le gouffre ». Ce vocabulaire dramatique n’est pas neutre ; il fixe un récit où l’adversaire est une menace existentielle, et où la seule réponse devient la résistance hors compromis.
L’analyse de la rhétorique montre plusieurs mécanismes dangereux. D’abord, la dramatisation : en parlant d’une volonté de « liquider » certains, Sonko transforme des conflits politiques en luttes à mort symboliques, ce qui polarise les électorats et réduit l’espace du débat rationnel. Ensuite, la personnalisation : la politique se recentre sur des inimitiés et des affrontements entre chefs, au détriment des projets et des politiques publiques. Enfin, l’ambiguïté stratégique : en restant évasif sur les tactiques électorales tout en affirmant une disponibilité à « gagner toute forme d’élections », il entretient l’idée d’une posture frontale permanente.
Les arguments contre cette rhétorique sont solides. Les sociétés démocratiques ne gagnent rien à s’enfermer dans une logique d’urgence permanente ; le recours fréquent à l’imagerie de la menace prépare des réactions extrêmes et encourage la défiance envers les institutions. Le fait que Sonko revendique un dialogue institutionnel mais continue de stigmatiser ses adversaires révèle une contradiction qui alimente la défiance mutuelle. Quand la politique devient une succession de mises en garde dramatiques, la pratique de compromis se raréfie et le prix à payer peut être élevé pour la stabilité sociale.
En développant la thèse selon laquelle l’opposition voudrait « liquider » des adversaires, Sonko adopte une posture que l’on retrouve chez d’autres leaders populistes qui convertissent les ressentiments en mobilisation électorale ; cette stratégie peut marcher à court terme, mais elle mine la confiance dans les processus collectifs. En comparant la situation présente à des épisodes antérieurs de crise politique au Sénégal, on voit combien la rhétorique incendiaire amplifie les risques de débordement localisé et de tensions communautaires.
Les détails comptent : la procédure statutaire de Pastef, les décisions encore non prises par le Conseil national, les discussions administratives maintenues entre Sonko et le chef de l’État montrent que les institutions continuent de fonctionner malgré tout. C’est précisément pour cette raison que la dramatisation publique apparaît encore plus irresponsable ; elle fragilise ce qui tient le pays ensemble, sans apporter de solution concrète aux problèmes évoqués.
La rhétorique victimaire telle qu’elle est pratiquée par Sonko polarise et affaiblit le débat public, en transformant des adversaires politiques en ennemis absolus. À moyen terme, ce narratif augmente la probabilité d’escalades et érode la capacité des institutions à arbitrer les conflits. Le devoir des responsables politiques devrait rester la préservation du lien social et la recherche d’alliances constructives, et non l’alimentation d’une atmosphère de soupçon permanent.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 30/08/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.




