Je ne peux rester indifférent face aux images choquantes qui circulent sur les réseaux sociaux : des habitants du marché Colobane, à Dakar, chassant des mendiants étrangers. Ces scènes, filmées et partagées comme une victoire contre l’insécurité ou la précarité, me glacent le sang.
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Suite de l’article : Elles révèlent une dérive dangereuse : celle d’une société qui, sous couvert de frustration, bascule dans le rejet de l’autre. Je le dis sans détour : ce qui se passe à Colobane doit nous interpeller collectivement. Le Sénégal, terre d’accueil et de Teranga, ne peut pas laisser s’installer une logique de rejet visant les étrangers.
Le marché Colobane, poumon économique de Dakar, est un lieu de cohabitation intense. Commerçants, clients, riverains et personnes en situation de mendicité s’y côtoient quotidiennement. Dans ce contexte, les tensions sont inévitables. Mais quand elles dégénèrent en expulsions violentes, c’est toute notre humanité qui est remisée en question.
La présence de mendiants, souvent des enfants ou des migrants en situation de vulnérabilité, est un problème réel. Mais la solution ne réside pas dans la violence citoyenne. Elle relève de l’État, qui a pour mission de garantir la sécurité et les droits de tous, sans discrimination. Or, aujourd’hui, c’est l’inverse qui se produit : des citoyens prennent la justice en main, au mépris des lois et des valeurs qui fondent notre nation.
Ces actes ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une montée des discours xénophobes au Sénégal, comme en témoignent les prises de position récentes de la société civile. Dans un manifeste publié en 2026, des intellectuels et militants dénoncent la « banalisation de la xénophobie » et appellent à un sursaut collectif. Leur message est clair : la stigmatisation des étrangers est une déshumanisation.
Pire, ces dérapages rappellent des situations observées ailleurs en Afrique. En Afrique du Sud, par exemple, les violences xénophobes ont fait des dizaines de morts ces dernières années, souvent alimentées par des discours populistes et une crise économique. Le Sénégal ne doit pas emprunter cette voie. Notre pays a toujours été un exemple de tolérance et de coexistence pacifique. Laisser faire ces agissements, c’est risquer de normaliser l’inacceptable.
Le Sénégal a ratifié des conventions internationales protégeant les droits des migrants et des personnes vulnérables. La loi de 2005 incrimine explicitement la traite et l’exploitation de la mendicité. Chasser des individus dans la rue, c’est se mettre hors-la-loi. Si les citoyens se substituent aux forces de l’ordre, c’est que l’État a failli à sa mission. La solution n’est pas de chasser, mais de réguler. Les autorités doivent agir avec fermeté contre les réseaux d’exploitation de la mendicité, tout en garantissant la dignité de chacun.
Le Sénégal est un pays respecté pour sa stabilité et son hospitalité. Des actes comme ceux de Colobane entachent cette image. Nous ne pouvons pas nous permettre de devenir un pays où l’on lynche l’étranger sous prétexte qu’il est différent. Aujourd’hui, ce sont les mendiants étrangers. Demain, qui sera la cible ? Les commerçants guinéens ? Les étudiants mauritaniens ? La xénophobie ne s’arrête jamais à une seule catégorie.
En Afrique du Sud, les violences xénophobes ont souvent été justifiées par des arguments économiques : « Les étrangers nous volent nos emplois. » Pourtant, comme le souligne The Conversation, ces discours masquent les vrais problèmes : chômage, inégalités, corruption. Au Sénégal, la mendicité est un fléau, mais elle est souvent le symptôme de réseaux criminels qui exploitent des enfants ou des migrants. La réponse doit être systémique, pas punitive.
En Europe, certains pays tentent de durcir leurs lois migratoires, mais toujours dans le cadre de l’État de droit. Au Sénégal, nous ne pouvons pas tolérer que des citoyens fassent justice eux-mêmes.
Je refuse de croire que le Sénégal de la teranga est en train de disparaître. Ce qui se passe à Colobane est un signal d’alarme. Nous devons réagir, non pas en fermant les yeux, mais en exigeant que l’État assume ses responsabilités.
Premièrement, les autorités doivent condamner fermement ces actes et rappeler que la violence n’est jamais une solution. Deuxièmement, il faut renforcer les mécanismes de protection des personnes vulnérables, qu’elles soient sénégalaises ou étrangères. Enfin, nous devons, en tant que citoyens, refuser toute forme de stigmatisation. Le Sénégal que nous voulons est celui où l’on résout les problèmes par le dialogue et la loi, pas par la haine.
La situation à Colobane doit nous servir de leçon. Si nous laissons la peur et la colère l’emporter sur l’humanité, nous perdrons bien plus que notre réputation : nous perdrons notre âme. Et ça, je ne peux pas l’accepter.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 31/08/2026
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