L’article récent sur la poussée du yuan en Afrique paint un tableau alléchants : la Chine propose aux pays africains de remplacer le dollar par sa monnaie pour leurs échanges commerciaux, leurs dettes ou même leurs taxes.
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Suite de l’article : Sur le papier, l’idéal est séduisant : réduire la dépendance au billet vert, limiter les coûts de conversion, et diversifier les partenariats. Mais je m’interroge : cette alternative n’est-elle pas un piège déguisé ? Une dépendance qui en cache une autre, plus insidieuse ?
L’Afrique a tout à gagner à se libérer du joug du dollar. Les crises monétaires répétées, les taux d’intérêt imposés par la Fed, et les coûts exorbitants des transactions en devises étrangères pèsent lourd sur nos économies. La Chine, premier partenaire commercial du continent, propose une solution clé en main : utiliser le yuan. Déjà, la Zambie autorise les entreprises minières chinoises à payer leurs taxes en yuan, le Kenya convertit une partie de sa dette ferroviaire en monnaie chinoise, et l’Angola rejoint le système de paiement transfrontalier CIPS. Standard Bank, quant à elle, permet des règlements en yuan dans 19 pays africains.
Mais attention : le yuan n’est pas une monnaie librement convertible. Pékin en contrôle strictement le taux de change, et son utilisation à grande échelle expose l’Afrique à des risques majeurs : instabilité monétaire, dépendance accrue envers les politiques économiques chinoises, et une nouvelle forme de colonisation financière.
L’article factuel souligne à juste titre que le yuan reste marginal dans les réserves mondiales (à peine 1,99 % selon le FMI en 2026, contre 57,13 % pour le dollar). Pourtant, son adoption en Afrique s’accélère, portée par des accords bilatéraux et des incitations chinoises. Mais cette croissance cache une réalité troublante :
Le yuan est un outil politique : Pékin l’utilise pour étendre son influence. En 2024, le système CIPS a traité 238 milliards de yuans de transactions entre la Chine et l’Afrique, soit une hausse de 160 % en un an. Une progression impressionnante, mais qui sert d’abord les intérêts chinois.
Les pays africains échangent une dépendance contre une autre : Remplacer le dollar par le yuan, c’est troquer la tutelle américaine contre celle de Pékin. Le FMI a d’ailleurs mis en garde le Kenya et l’Éthiopie contre les risques de change liés à la conversion de leurs dettes en yuan. Une monnaie non convertible, soumise aux aléas de la politique monétaire chinoise, peut devenir un fardeau en cas de crise.
L’autonomie financière africaine reste un mirage : Les accords de swap (comme celui du Nigeria avec la Chine, renouvelé en 2024 pour 2,4 milliards de dollars) soulagent temporairement les réserves de change, mais ils verrouillent les pays dans un système où Pékin dicte les règles.
Contrairement au dollar, dont la stabilité repose sur des mécanismes de marché (même imparfaits), le yuan est piloté par l’État chinois. Son taux de change est fixé quotidiennement par la Banque populaire de Chine, et son utilisation internationale sert avant tout à contourner les sanctions occidentales et à promouvoir les intérêts géopolitiques de Pékin. En adoptant le yuan, l’Afrique accepte de jouer selon les règles d’un partenaire qui n’a pas ses intérêts à cœur.
La Chine est déjà le premier créancier de l’Afrique, avec des dettes estimées à plus de 1 000 milliards de dollars. En acceptant de libeller ces dettes en yuan, les pays africains s’exposent à des risques de change imprévisibles. Si le yuan se déprécie (comme ce fut le cas en 2015 et 2020), le fardeau de la dette s’alourdit mécaniquement. Le FMI a raison de s’inquiéter : sans cadre solide de gestion des risques, cette stratégie pourrait aggraver les crises de liquidités.
L’Afrique a besoin de solutions autonomes, pas de substituts. Le projet de monnaie unique africaine (l’Eco) ou le système de paiement panafricain (PAPSS) sont des pistes bien plus prometteuses pour réduire la dépendance au dollar. Pourtant, ces initiatives peinent à voir le jour, faute de volonté politique et de coordination. En se tournant vers le yuan, les pays africains reportent la construction de leur propre système financier.
L’histoire nous a appris que les dépendances monétaires mènent souvent à des pertes de souveraineté. Regardez l’Amérique latine dans les années 1980, étouffée par sa dette en dollars. Aujourd’hui, la Chine utilise la même recette : prêter en yuan, puis imposer ses conditions. En Zambie, les mines chinoises paient déjà leurs taxes en yuan. Demain, ce seront peut-être les salaires des travailleurs locaux ou les investissements publics qui seront indexés sur Pékin.
La situation rappelle étrange celle des pays pétroliers dans les années 1970, contrainte d’utiliser le dollar pour leurs échanges (le pétrodollar). Aujourd’hui, la Chine cherche à imposer le pétroyuan pour le commerce de l’énergie. En Afrique, le schéma est identique : contrôler la monnaie pour contrôler l’économie.
En Asie du Sud-Est, des pays comme le Laos ou le Cambodge ont déjà basculé dans une dépendance critique envers Pékin, avec des dettes insoutenables et une influence chinoise omniprésente. L’Afrique doit éviter ce scénario.
Je ne nie pas les avantages immédiats du yuan : des coûts de transaction réduits, une diversification bienvenue face au dollar. Mais je refuse de croire que cette alternative est innocente. L’Afrique a besoin de partenaires, pas de nouveaux maîtres. La vraie solution ? Renforcer nos propres instruments : développer le commerce intra-africain, accélérer l’intégration monétaire régionale, et négocier des accords équilibrés avec tous nos partenaires, Chine incluse.
Le yuan peut être un outil parmi d’autres, mais il ne doit pas devenir une camisole de force. Sinon, nous aurons simplement échangé une dépendance contre une autre, plus subtile, mais tout aussi étouffante. L’Afrique mérite mieux que cela.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 01/09/2026
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