J’observe avec une froide colère la façon dont l’affaire d’Ouzin Keïta a basculé vers ce qui ressemble à une machine judiciaire implacable. L’instruction est close, le parquet a rendu son réquisitoire et demande le renvoi devant le tribunal correctionnel.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : Sur le papier, ce choix peut paraître indulgent comparé à un procès d’assises, mais la réalité du dossier et des textes applicables transforme cette apparente clémence en piège presque sans issue pour les prévenus.
Le premier verrou qui m’alarme porte le numéro 319 du Code pénal, modifié en mars 2026. La loi punit désormais les « actes contre nature » de 5 à 10 ans d’emprisonnement. Ces peines sont incompressibles : le sursis est banni et la peine ne peut être inférieure au plancher légal. Pire encore, la simple présence d’un mineur parmi les personnes interpellées sur le lieu des faits entraîne automatiquement l’application du maximum, soit 10 ans. Cette détermination légale réduit à néant la marge d’appréciation d’un juge et transforme des situations humaines complexes en condamnations mécaniques.
Le second verrou est la qualification liée à la transmission volontaire du VIH/Sida. L’article 36 de la loi n° 2010-03 prévoit une peine de 5 à 10 ans contre quiconque, se sachant séropositif, exposerait délibérément autrui au virus. Dans ce dossier, des tests médicaux ont établi la séropositivité de plusieurs personnes mises en cause, et le parquet nourrit donc cette qualification lourde. À ces chefs s’ajoutent l’association de malfaiteurs, l’escroquerie et le chantage sexuel. Cinq incriminations cumulées qui, selon l’accusation, dessinent moins des actes isolés que l’œuvre d’un groupe organisé.
Je refuse de me contenter d’un constat neutre. Le signal le plus lourd, à mes yeux, se trouve dans le choix procédural du parquet : en renvoyant l’affaire devant le tribunal correctionnel plutôt que d’ordonner un supplément d’instruction, le parquet affirme la solidité de son dossier. Cette posture traduit une confiance manifeste dans les éléments rassemblés. Elle contraint le doyen des juges, seul à pouvoir décider d’une autre orientation, à se prononcer avec des pièces qui, si elles restent telles qu’elles sont, rendent improbable un geste d’apaisement judiciaire.
Je mesure aussi la dimension politique et sociale de cette affaire. L’accumulation des qualifications et la sévérité des peines minimales traduisent une volonté législative et juridictionnelle de frapper fort. Que l’on considère la présence d’un mineur comme aggravation automatique ou que l’on utilise la preuve biologique pour asseoir la charge relative au VIH, le message envoyé est net : le cadre légal ne laisse guère de place à la nuance. Pour les mis en cause, incarcérés depuis mars, cette lecture des textes réduit drastiquement leurs chances de bénéficier d’un prononcé clément.
Je ne minimise pas la gravité des faits reprochés, mais je constate l’effet de verrouillage produit par la loi et par l’addition des chefs d’accusation. Quand la justice dispose de peines planchers obligatoires et que les infractions se cumulent, la marge de manœuvre devient symbolique. Le droit pénal perd une part de son humanité au profit d’une logique de sanction automatique. C’est une transformation dont les conséquences sont lourdes pour les individus concernés et pour la confiance publique dans l’institution judiciaire.
Je garde en tête le rôle du magistrat instructeur, capable d’ouvrir une brèche en décidant d’un supplément d’instruction ou en orientant autrement le dossier. Pour l’instant, cet arbitrage n’a pas eu lieu. Entre le réquisitoire, les qualifications retenues et les peines prévues, je vois un parcours judiciaire qui se referme autour d’Ouzin Keïta et de ses co-accusés. Ils attendent maintenant l’ordonnance qui scellera leur sort, tandis que la société suit, divisée, cette affaire qui révèle plus largement la tension entre rigueur légale et humanité du jugement.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 05/09/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.




