Maraboutage, stigmatisation et peur de l'expulsion - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 04/09/2026 07:09:00

Maraboutage, stigmatisation et peur de l'expulsion

Je relate le parcours d’une jeune Sénégalaise de 26 ans arrivée au Canada en novembre 2023 avec un visa d’études, venue fuir des pressions et des menaces liées à son orientation sexuelle.

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Suite de l’article : Sur place, elle a raconté avoir été stigmatisée par des membres de sa famille en raison de son apparence androgyne et de son mode de vie, et elle a décrit des propos et des comportements qui l’ont exposée à des violences physiques et psychologiques. Après avoir évoqué son homosexualité depuis le Canada, elle affirme avoir reçu des menaces explicites d’anciens proches, certains allant jusqu’à évoquer des pratiques de maraboutage pour la nuire, ce qui a aggravé sa peur et son isolement.

Sa situation administrative est devenue un obstacle majeur à la protection qu’elle cherche. La loi C-12, adoptée récemment par le Parlement canadien, rend irrecevables les demandes d’asile déposées au-delà d’un délai de douze mois après la première entrée sur le territoire. Elle a présenté sa demande environ deux ans après son arrivée, ce qui a conduit les autorités à déclarer son dossier irrecevable. Confrontée à la perspective d’un renvoi vers le Sénégal, elle se dit terrifiée à l’idée d’un retour forcé, craignant pour sa vie et son intégrité si elle devait rejoindre son environnement familial et social d’origine.

Face à cette décision, elle prépare une demande d’examen des risques avant renvoi, recours juridique prévu pour évaluer la dangerosité d’un retour pour une personne visée par une mesure d’éloignement. Ce recours constitue, selon elle, la dernière voie pour espérer rester au Canada et éviter un péril qu’elle juge imminent. Elle affirme vouloir simplement vivre sa vie selon ses choix, sans confrontation avec sa famille ni persécution de la société.

En racontant ce cas, je mets en lumière un croisement entre la dimension humaine et la dimension institutionnelle. D’un côté, il y a le vécu intime d’une personne qui s’est sentie menacée et qui a quitté son pays pour se protéger. D’un autre côté, il y a une modification législative qui contraint des demandes d’asile à respecter des délais stricts, sans forcément tenir compte des dynamiques familiales, des craintes accumulées ou des obstacles pratiques qui peuvent retarder le dépôt d’une demande. La rigidité du cadre administratif entre en tension avec la diversité des trajectoires qui poussent des demandeurs à chercher refuge.

Ma lecture analytique porte sur l’effet des délais légaux sur des profils vulnérables. Les motifs de retard ne relèvent pas toujours d’un choix délibéré ou d’une stratégie, ils peuvent résulter d’un manque d’information, de ressources financières, d’un isolement social, ou de la nécessité de sécuriser ses démarches face à des menaces. Dans le cas qui m’est présenté, la personne a quitté son pays pour des raisons de sécurité, mais n’a pas déposé sa demande dans le délai imposé, ce qui la place aujourd’hui dans une situation administrative précaire.

J’examine aussi l’impact psychologique d’une telle précarité. La menace d’un renvoi crée une anxiété persistante, compromet la capacité à suivre des études, à travailler ou à reconstruire des relations sociales. Pour cette jeune femme, l’angoisse est permanente : elle vit avec la peur d’être renvoyée vers un environnement où elle se dit exposée à la violence et à des pratiques coercitives. Cette pression pèse sur sa santé mentale et sur la possibilité même d’une intégration sereine.

Sur le plan judiciaire, l’examen des risques avant renvoi offre un cadre d’évaluation individualisée, mais son issue dépend d’une appréciation circonstanciée des éléments fournis par la personne et de l’interprétation des autorités. Le cas présenté illustre la difficulté de concilier la nécessité d’une protection effective avec des règles administratives qui cherchent à encadrer les flux migratoires.

Je termine en rappelant que cette histoire interroge la manière dont les systèmes d’asile traitent les vulnérabilités liées à l’orientation sexuelle et aux dynamiques familiales. Elle montre la fragilité des parcours de personnes qui fuient des situations de danger et souligne la tension entre des critères légaux stricts et la réalité complexe des trajectoires humaines.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 04/09/2026

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