Électricité pour tous : Le piège des milliards sans exécution - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Maimouna | Publié le 11/10/2026 02:10:30

Électricité pour tous : Le piège des milliards sans exécution

Le mardi 6 octobre 2026, à Dakar, l’État sénégalais, des bailleurs internationaux et des investisseurs privés ont annoncé des engagements financiers cumulés de 998 milliards de FCFA lors d’une table ronde consacrée au secteur électrique.

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Suite de l’article : La réunion était coprésidée par le ministre de l’Énergie, le Dr El Hadji Abdourahmane Diouf, et le ministre de l’Économie, Cheikh Diba. L’objectif affiché par le gouvernement est l’accès universel à l’électricité sur tout le territoire à l’horizon 2029.

Ces annonces interviennent alors que le ministère de l’Énergie fixe le taux national d’accès à 86,2 % à la fin de 2024 et recense 25 725 localités sur l’ensemble du pays. Parmi elles, 12 683 sont électrifiées, 6 571 font l’objet de travaux en cours et 6 471 restent isolées, soit environ un million de personnes privées d’électricité.

La table ronde a livré des chiffres contrastés. Les partenaires techniques et financiers se sont engagés pour 181 milliards de FCFA, tandis que le secteur privé a promis 817 milliards de FCFA. Les engagements dépassent largement l’estimation initiale des besoins pour la phase finale, évaluée à 400 milliards de FCFA. Ce différentiel de 598 milliards de FCFA met en évidence un écart entre les ressources annoncées et les montages opérationnels nécessaires pour convertir les promesses en chantiers réalisés.

Le gouvernement a identifié les principaux obstacles : la maturité des projets, la lenteur des procédures de passation de marchés et la capacité d’exécution des travaux sur le terrain d’ici 2029. Sur la base des données officielles, il faudrait raccorder environ 6 471 localités en trois ans, ce qui représente près de 2 157 localités à électrifier chaque année. Si l’on reprend l’estimation financière initiale pour la dernière phase, le coût moyen par localité s’élèverait à environ 61,8 millions de FCFA.

Ces éléments factuels illustrent les contraintes logistiques et administratives du calendrier. L’importance de la contribution privée est manifeste, mais une grande partie des fonds pourrait être orientée vers des projets de production ou d’infrastructures de grande échelle qui ne correspondent pas directement au raccordement des localités isolées. Le ministère signale que plusieurs localités sont déjà en chantier, mais il reste à clarifier le calendrier d’exécution des projets nouveaux ainsi que la capacité des marchés publics à absorber et à déployer les financements dans les délais.

Le Dr El Hadji Abdourahmane Diouf a souligné la nécessité d’un impact social et économique immédiat en déclarant: « Cette levée de fonds record doit impérativement se traduire par un impact social et économique immédiat. » Cette injonction révèle la prise de conscience officielle des risques d’une promesse non réalisée. La comparaison entre l’accès national actuel de 86,2 % et l’objectif de 100 % d’ici trois ans montre l’ampleur du chemin restant à parcourir.

D’un point de vue opérationnel, la réussite dépendra de la transformation des engagements financiers en contrats robustes et de la suppression des goulets d’étranglement administratifs. Les chiffres disponibles permettent d’identifier deux priorités factuelles : accélérer la passation de marchés et assurer la disponibilité des équipes et des matériaux pour tenir les calendriers sur le terrain. Sans ces conditions remplies, le calendrier 2029 risque de rester une cible difficilement atteignable, malgré les ressources annoncées.

En synthèse, les engagements de 998 milliards de FCFA constituent un apport financier majeur pour le secteur électrique sénégalais. Les données officielles sur les localités restantes, le coût moyen estimé par raccordement et le rythme nécessaire des interventions fournissent une base chiffrée pour évaluer la faisabilité. Sur ces éléments, l’écart entre les ressources promises et la réalité des procédures et de l’exécution place la réalisation de l’accès universel en 2029 sous forte contrainte temporelle et administrative.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anta F.
Mis en ligne : 11/10/2026

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