Je refuse que l’on réduise l’effondrement de notre crédibilité financière à un simple produit du populisme. Oui, la dégradation jusqu’à Caa2 et la chute du pays du 2ᵉ au 46ᵉ rang africain sont des faits douloureux, mais réduire cette débâcle à une posture rhétorique occulte des responsabilités bien plus anciennes et des forces extérieures qui pèsent lourdement sur nos comptes.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : Ma position est nette: traiter le populisme comme seul bouc émissaire, c’est éviter l’examen des décisions passées, des choix de politique extérieure et des soubresauts des marchés internationaux.
Le diagnostic élémentaire commence par les chiffres qui nous mordent la réalité. Un déficit budgétaire de 13,4 % du PIB, des besoins bruts de financement estimés à près de 25 % du PIB pour 2026, une dette proche de 100 % du PIB et des charges d’intérêts qui accaparent 23,7 % des recettes publiques: ces données expliquent pourquoi les investisseurs se sont éloignés. Lorsque l’essentiel des ressources publiques sert à payer des intérêts, il devient matériellement difficile d’investir dans des infrastructures ou des politiques sociales crédibles. L’absence prolongée d’un programme avec le FMI a privé le pays d’un signal de stabilité et de ressources concessionnelles, tandis que le recours à des financements régionaux plus coûteux a alourdi la facture, avec des émissions sur le marché de l’UEMOA équivalant déjà à environ 8 % du PIB.
Je conteste l’explication monocausale qui veut que le ver était uniquement dans la rhétorique. Le populisme peut aggraver la crise en cultivant l’incertitude, mais il n’a pas créé des passifs cachés ni généré à lui seul une dette colossale. Les audits et les révélations ont mis au jour des engagements antérieurs et des fragilités structurelles que les réformes n’ont pas su compenser assez vite. Lorsque l’on ignore la responsabilité de précédents choix budgétaires et la lenteur des ajustements structurels, on empile les explications simplistes et on évite les remèdes exigeants.
Les relations internationales et la conjoncture financière mondiale jouent aussi un rôle concret. Les investisseurs comparent en permanence la prévisibilité des politiques publiques, l’accès aux liquidités et le risque pays. Des retournements de taux sur les marchés mondiaux, des primes de risque en hausse et un signal absent du système multilatéral de financement suffisent à amplifier une crise locale. J’ajoute que les tensions institutionnelles aggravent le tableau: les frictions entre centres de pouvoir ralentissent l’exécution des politiques, ce qui transforme des diagnostics en pertes irréversibles de confiance.
Je n’absous pas le discours populiste de ses responsabilités; je dis simplement que le pointer comme seul moteur de l’échec évite une analyse honnête. Ce qui a manqué, et ce qui manque encore, c’est une stratégie de reconstruction crédible, une feuille de route budgétaire claire et des engagements vérifiables avec les partenaires internationaux. Sans cela, les promesses restent des slogans et les marchés appliquent leur propre compte-rendu implacable.
En matière d’argumentation, les faits restent impitoyables: une trajectoire financière sans visibilité attire des notations dégradées, réduit l’attractivité et fait monter le coût du crédit. Mais ces faits ne tombent pas du ciel: ils résultent d’un mélange de passifs hérités, de choix de financement coûteux, d’un environnement international défavorable et oui, d’un style de gouvernance qui a parfois privilégié la communication sur l’exécution. L’accusation exclusive du populisme détourne l’attention de cette accumulation d’erreurs et empêche de bâtir des réponses techniques et politiques efficaces.
Je veux que l’on cesse de débattre en salon de l’étiquette politique pour commencer à porter un examen lucide des décisions qui ont conduit à la situation présente. Si l’on se contente d’une condamnation morale du populisme, on laisse intactes les pratiques qui ont fragilisé nos équilibres et on prépare de nouvelles désillusions. Je garde l’intuition que seule une lecture multiple, honnête et exigeante permettra d’en sortir; refuser la simplification n’est pas défendre le populisme, c’est défendre la responsabilité collective face à la facture.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 07/09/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





