Civilité numérique : Les jeunes attendent plus qu’un rappel à l’ordre - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Maimouna | Publié le 01/10/2026 02:10:30

Civilité numérique : Les jeunes attendent plus qu’un rappel à l’ordre

Le président Bassirou Diomaye Faye s’est adressé aux participants lors de la cérémonie officielle d’installation du Conseil consultatif des jeunes du Sénégal, tenue récemment au Sénégal, la date n’ayant pas été précisée dans le communiqué.

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Suite de l’article : Lors de cette prise de parole, il a dénoncé les propos tenus depuis les écrans et a appelé les jeunes à la retenue et à la dignité dans l’espace numérique. Il a ajouté que « le respect de l’autre doit également guider les comportements dans l’espace numérique ».

Le propos s’inscrit dans un contexte de demandes sociales vives et de débats publics sur la gouvernance et l’emploi des jeunes.

La remarque du chef de l’État sur les comportements en ligne reflète un choix de priorité communicationnelle. Les messages officiels qui focalisent l’attention sur l’incivilité numérique servent parfois à orienter le débat public vers des enjeux de mœurs au lieu d’aborder des difficultés socioéconomiques mesurables. Au Sénégal, les jeunes constituent une part importante de la population active et les indicateurs de chômage des moins de 35 ans publiés par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie montrent des taux supérieurs à la moyenne nationale, ce qui alimente des tensions liées à l’emploi. Par ailleurs, des syndicats et des associations ont signalé des pertes de pouvoir d’achat liées à la hausse des prix alimentaires et de l’énergie ces dernières années, ce qui place le coût de la vie au cœur des préoccupations quotidiennes.

Les choix budgétaires et les politiques publiques révèlent des priorités concrètes. Les sections consacrées à l’emploi, à la formation professionnelle et au logement restent des demandes récurrentes dans les rapports d’acteurs sociaux et dans les plateformes de revendication, alors que les campagnes de sensibilisation sur la civilité numérique mobilisent des ressources communicationnelles. Cette tension montre qu’il existe une différence entre le traitement symbolique des problèmes et l’allocation de moyens matériels. Un parallèle est illustratif: s’attaquer aux insultes en ligne sans financer l’accès à la formation professionnelle ressemble à traiter les symptômes sans soigner la maladie. Une autre comparaison: mettre l’accent sur l’étiquette numérique alors que les listes d’attente pour l’accès aux services publics persistent revient à meubler un salon pendant que la toiture fuit.

Des cas concrets alimentent la critique. Les mouvements sociaux récents au Sénégal ont souvent porté sur l’emploi, la santé ou l’éducation, avec des grèves d’enseignants et des rassemblements de jeunes diplômés cherchant du travail. Les rapports d’organisations locales et internationales font état d’un besoin de politiques publiques plus ciblées pour la création d’emplois décents et pour l’amélioration des services de base. La focalisation sur la tenue des discours publics et sur les comportements en ligne ne remplace pas des dispositifs de formation, d’investissement public dans les infrastructures ou des programmes d’accompagnement à l’emploi.

Illustrer la responsabilité civique passe par l’éducation aux usages numériques, mais expliquer cet objectif sans situer les priorités budgétaires et sans répondre aux données économiques risque de réduire l’argument à une opération symbolique. Les jeunes interrogés dans des études de terrain expriment des attentes concrètes: emplois, accès au logement et pouvoir d’achat. Les politiques publiques pourraient gagner en crédibilité si les appels à la dignité numérique étaient assortis de mesures chiffrées et de calendriers précis pour les réponses sociales.

Pour finir, le rappel au respect en ligne est utile, mais il gagne en portée si l’État le complète par des actions mesurables sur l’emploi et le bien-être des jeunes. Les choix effectués entre communication et investissements publics déterminent la capacité d’une société à transformer les injonctions morales en améliorations tangibles des conditions de vie. Si la parole commande le ton, les projets et les budgets tiennent la réalité.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Daouda F.
Mis en ligne : 01/10/2026

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