Exil et menaces : Le poids du silence au Burkina - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Maimouna | Publié le 04/10/2026 05:10:00

Exil et menaces : Le poids du silence au Burkina

Il y a des entretiens qui dérangent parce qu’ils posent des questions que certains préféreraient éviter. Celui accordé à RFI par Inoussa Ouédraogo, ancien responsable de la presse burkinabè aujourd’hui en exil, en fait partie.

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Suite de l’article : Son message est frontal : la lutte contre le terrorisme, la souveraineté et le panafricanisme ne peuvent pas devenir des arguments permettant de réduire au silence ceux qui critiquent le pouvoir. Et franchement, ce débat mérite mieux que les slogans.

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré en septembre 2022, le Burkina Faso vit sous régime militaire, dans un contexte de guerre contre les groupes jihadistes. Les autorités présentent leurs choix comme nécessaires à la reconquête du territoire et à la défense de la souveraineté nationale. Mais parallèlement, des organisations internationales documentent une forte dégradation de l’espace civique, avec des pressions sur les journalistes, les médias et les voix critiques.

On peut soutenir la souveraineté africaine. On peut vouloir que les Africains décident eux-mêmes de leur avenir. On peut refuser les ingérences étrangères et reconnaître les difficultés rencontrées par les gouvernements précédents face au terrorisme. Mais rien de tout cela ne devrait conduire à une règle dangereuse : puisque nous sommes en guerre, taisez-vous. Non. Un peuple n’est pas seulement utile lorsqu’il applaudit.

Le cas du journaliste Atiana Serge Oulon illustre cette inquiétude. Disparu en juin 2024 après son arrestation par des hommes se présentant comme des agents des renseignements, son sort restait encore réclamé par les organisations de défense des droits humains deux ans plus tard. Ce type d’affaire nourrit forcément les interrogations sur la transparence du pouvoir.

Au Mali et au Niger, également dirigés par des autorités militaires issues de coups d’État, des restrictions visant les journalistes, les opposants et la société civile ont aussi été documentées. Dans ces trois pays du Sahel central, la sécurité et la souveraineté sont régulièrement invoquées pour justifier des mesures qui réduisent l’espace du débat public.

À force de présenter toute critique comme une menace contre la nation, on risque de créer un pouvoir pratiquement impossible à questionner. Or combattre les groupes jihadistes ne devrait pas signifier combattre également le droit des citoyens à demander des comptes.

Les forces burkinabè affrontent une menace réelle et meurtrière. Leurs sacrifices ne doivent pas être minimisés. Mais protéger un pays ne signifie pas nécessairement renoncer aux principes qui donnent un sens à cette protection.

Le véritable souverainisme devrait permettre au citoyen de dire : « Je soutiens mon pays, mais je peux questionner ceux qui le dirigent. »

On ne peut pas prétendre libérer un peuple tout en lui retirant progressivement la possibilité de parler.

Le Burkina Faso mérite la sécurité et la souveraineté. Il mérite aussi une presse capable d’enquêter, des citoyens capables de critiquer et des institutions capables de demander des comptes.

La libération d’un peuple ne devrait jamais avoir besoin de son silence.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 04/10/2026

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