Au Sénégal, à l’approche de la rentrée scolaire 2024, des parents, des vendeurs et des représentants associatifs rapportent une forte augmentation du coût des fournitures et la généralisation de cahiers d’activités à usage unique.
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Suite de l’article : Aïssatou Faye, mère célibataire de trois enfants, et Ousseynou Traoré, père de cinq enfants, ont témoigné dans les marchés de Dakar. Le président de l’Union nationale des parents d’élèves et d’étudiants du Sénégal, Abdoulaye Fané, a demandé une régulation; Nata Dieng a lancé la « Cagnotte scolaire » le 9 octobre 2024.
Cette situation transforme la rentrée pour de nombreux ménages en contrainte financière plutôt qu’en fête, avec des arbitrages sur les autres dépenses familiales.
Les listes scolaires imposent désormais des cahiers d’activités qui comportent des transcriptions et des exercices directement consignés sur les pages, rendant la réutilisation entre frères et sœurs impossible. Les vendeurs de rue et les libraires observent que les manuels changent d’édition fréquemment et que la demande de versions neuves exclut le marché de l’occasion pour les ouvrages scolaires, sauf pour les romans. Selon des témoignages recueillis, un manuel coûtant 3 500 FCFA multiplié par quatre titres représente 14 000 FCFA par élève, somme qui peut atteindre 56 000 FCFA pour une fratrie de quatre enfants, sans compter les cahiers, les sacs et les uniformes.
L’imposition de ces cahiers jetables a trois conséquences vérifiables. Premièrement, elle augmente la charge financière directe des familles: des parents signalent que le montant global des fournitures dépasse parfois le coût des frais d’inscription. Deuxièmement, elle fragilise les circuits solidaires informels: la revente et l’échange de manuels entre familles et la pratique des bourses d’échange sont réduits quand les supports deviennent inutilisables après usage. Troisièmement, elle entraîne un volume accru de papier destiné à la poubelle à la fin de l’année scolaire, ce qui représente un gaspillage pédagogique et matériel documenté par des commerçants et des associations locales.
Sur le terrain, la réponse des ménages combine économie et débrouille. Le marché de Colobane à Dakar voit affluer des acheteuses qui privilégient la friperie pour habiller les enfants après avoir consenti aux dépenses scolaires. Des initiatives citoyennes tentent de compenser l’effet des cahiers jetables: l' »Opération Ndeye Jiabar » avait organisé des bourses d’échange et des ateliers de réparation de livres, et la « Cagnotte scolaire » a distribué des kits lors d’une première édition. Abdoulaye Fané propose des mesures concrètes: une intervention du ministère de l’Éducation nationale, le recours à des imprimeries publiques pour réduire les coûts et la reprise d’initiatives communales qui finançaient partiellement les fournitures.
Les faits mettent en lumière des mécanismes industriels et commerciaux: l’édition de fascicules d’exercices à usage unique favorise des ventes récurrentes pour les éditeurs et les distributeurs, tandis que la diminution de la prise en charge municipale transfère la dépense sur les ménages. Un vendeur informel a noté que seuls les romans restent achetables d’occasion, ce qui illustre la raréfaction du marché secondaire pour les ressources scolaires.
Les chiffres cités par les parents et les commerçants, la disparition progressive de la réutilisation intra-familiale et la montée des déchets pédagogiques dessinent un tableau factuel défavorable à la pratique actuelle. La situation documentée impose un examen des politiques d’achat, des contrats d’édition scolaire et des dispositifs publics pour restaurer une accessibilité réelle aux supports pédagogiques sans accroître le gaspillage matériel et financier des familles.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Diarra Bousso.
Mis en ligne : 07/10/2026
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