Maison Mariama Bâ : La sélection devient une affaire de fortune - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Education | Par Maimouna | Publié le 17/10/2026 09:10:00

Maison Mariama Bâ : La sélection devient une affaire de fortune

Les chiffres qui émergent de la dernière promotion admise à la Maison d’éducation Mariama Bâ ressemblent à une condamnation muette de l’école publique.

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Suite de l’article : Trois admises issues du public contre trente-deux du privé, voilà un bilan qui accuse l’abandon institutionnel d’un pan essentiel de la République. Le constat est rude, et il faut le dire sans détour : cette réussite sélective favorise les familles qui ont les moyens et transforme l’instruction nationale en un coupe-gorge social où les plus fragiles restent en marge.

La géographie scolaire joue un rôle évident dans ce déséquilibre. Des candidates contraintes de se rendre à Dakar pour composer affrontent des frais de déplacement et des hébergements souvent impossibles pour les ménages modestes. Les conditions matérielles des établissements publics amplifient la rupture : entre six mille et sept mille abris provisoires persistent dans le paysage éducatif, ce qui rend absurde l’exigence de performance. Comme l’a formulé un responsable syndical, « On ne peut pas faire de la performance dans les abris provisoires », et cette phrase résonne comme un verdict sur la cohérence des politiques menées.

La surcharge des classes aggrave la situation. Demander à un enseignant de diagnostiquer et d’accompagner soixante, voire cent élèves relève de l’utopie pédagogique. Le résultat est mécanique : les familles qui peuvent le faire choisissent le privé, où l’encadrement est meilleur et les moyens plus accessibles. La sélection scolaire y devient une question de portefeuille autant que de mérite. La République se retrouve ainsi à créer deux réseaux parallèles, l’un public dégradé et l’autre privé privilégié, ce qui rappelle la séparation entre hôpitaux surchargés et cliniques bien équipées.

Les chiffres montrent aussi une contradiction troublante. Dans d’autres concours les établissements publics décrochent une large part des distinctions, ce qui prouve que le potentiel existe quand les conditions suivent. Ce paradoxe prouve que l’échec observé n’est pas celui des élèves mais celui des choix politiques. Un second avertissement des syndicats met en garde contre les réformes déployées sans moyens : « Une réforme peut être juste dans son intention et nocive dans sa mise en œuvre si les moyens ne suivent pas. » Cette phrase met le doigt sur l’essentiel : la forme des réformes prime trop souvent sur leur capacité à changer la réalité du terrain.

La question sociale devient centrale. Quand l’accès à un établissement d’excellence dépend plus d’un carnet d’adresses ou d’un portefeuille que d’un talent, la démocratie scolaire est piétinée. Le concours qui devrait être une rampe d’ascension sociale se transforme en sas d’exclusion. La concentration des examens à Dakar et le manque d’infrastructures dans les académies éloignées font écho à une déconcentration absente, qui pénalise les jeunes filles des régions et celles issues des quartiers modestes.

Il ne s’agit pas d’un simple appel émotionnel mais d’un rappel brutal des priorités : l’État doit revoir la répartition des moyens, la gestion des effectifs et l’organisation des épreuves pour que l’offre publique redevienne compétitive. Faute de quoi la société française n’ayant pas fondamentalement changé, le pays observera la reproduction des élites et l’aggravation des inégalités scolaires.

La leçon est simple et douloureuse : ces résultats ne sont pas une fatalité pédagogique, ils sont le miroir d’un désengagement collectif. Tant que la priorité restera de préserver des bulles d’excellence privées plutôt que de renforcer l’école commune, la République offrira aux enfants des chances inégales, et la promesse républicaine demeurera un vœu creux.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Brahim Seck.
Mis en ligne : 17/10/2026

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