La manière dont le maire de Dakar Plateau s’exprime contre l’occupation de l’espace public ressemble à une condamnation morale, plus qu’à une politique publique.
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Suite de l’article : En criant « Je veux de l’ordre ici », il pointe du doigt des commerçants vulnérables sans livrer de feuille de route crédible pour leur offrir des alternatives légales. Cette posture fait davantage de bruit que de progrès et laisse intacte la question centrale : comment transformer une rapporche sociale en solution urbaine viable ?
La situation urbaine mérite d’abord d’être remise en contexte. La capitale subit une pression démographique soutenue et des flux quotidiens qui complexifient la gestion des voiries et des marchés informels. Les échoppes de rue répondent souvent à une demande réelle et à un besoin d’emploi que les structures formelles n’absorbent pas. Reconnaître la légitimité économique de ces acteurs est un préalable à toute démarche d’ordonnancement, or la rhétorique dominante les réduit à un simple problème d’incivisme.
L’analyse de la stratégie municipale montre des lacunes manifestes. Le discours répressif stigmatise sans chiffrer, sans calendrier et sans affectation budgétaire. Renvoyer des commerçants « chez eux » sans plan d’aménagement local équivaut à déplacer le problème sans le résoudre. Le maire évoque le déménagement des activités hors du centre, mais il n’annonce ni parcelles commerciales, ni marchés couverts ni procédures d’accompagnement. C’est une contre-performance administrative qui confond volonté d’ordre et capacité d’action.
Les arguments en faveur d’un aménagement réfléchi sont nombreux et simples. Il faut des espaces commerciaux légaux munis d’infrastructures de base et gérés avec transparence, des formations à la gestion et des mécanismes de crédit adaptés. Sans budget identifié, ces propositions restent des vœux. La rhétorique du retour « chez soi » rappelle, en négatif, des expulsions urbaines observées ailleurs, comme celles de marchés relocalisés à la hâte dans une ville voisine, ou comme certains nettoyages spectaculaires menés dans des capitales où les commerçants ont perdu à la fois leur lieu de travail et leur clientèle. Ces comparaisons montrent qu’une approche purement coercitive produit souvent des effets pires.
Le propos municipal ne prend pas non plus la mesure sociale du phénomène. Quelques commerçants admettent leur irrégularité et saluent l’écoute apparente du maire, en disant « on n’est pas en règle, on le sait ». Cette concession révèle une réalité plus subtile : il existe une demande de régularisation et un désir d’ordre si celui-ci se traduit par des moyens concrets. Or la ville ne présente ni budget dédié, ni calendrier, ni partenariat avec des acteurs privés ou associatifs pour créer des solutions durables.
En approfondissant, il apparaît que la réussite passe par un diagnostic urbain précis, par la libération de foncier compatible avec le commerce de proximité, et par des dispositifs de transition pour les commerçants. Les discours sont si fréquents qu’ils masquent l’absence d’outils opérationnels. Le problème n’est pas seulement la présence des étals sur la chaussée, c’est la faiblesse des institutions municipales à transformer des intentions en réalisations mesurables.
Le ton employé par la municipalité alimente la stigmatisation sans réparer les causes structurelles. Critiquer l’occupation de l’espace public est légitime, mais réduire la question à des injonctions morales sans proposer de marchés réglementés, sans prévoir de financement et sans calendrier, cède au populisme municipal. Le diagnostic est posé : il faudra plus que des mots pour réorganiser la ville et préserver les moyens de subsistance de ceux qui la font vivre.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Diarra Bousso.
Mis en ligne : 10/10/2026
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