Jacob Zuma, Karim Wade, Ouattara : Des liens troubles avec Epstein - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - People | Par Eva | Publié le 05/02/2026 02:02:00

Jacob Zuma, Karim Wade, Ouattara : Des liens troubles avec Epstein

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Le département d’État américain a publié à la fin de 2025 environ 3 millions de documents liés au dossier judiciaire de Jeffrey Epstein, incluant photos, vidéos et courriels parfois caviardés. Les fichiers citent des personnalités et des connexions en Afrique, avec des mentions à l’égard de l’ancien président sud-africain Jacob Zuma et à des responsables au Nigeria, au Kenya, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Une note de 2010 évoque la présence possible « d’un mannequin pour ajouter du glamour » lors d’un dîner en l’honneur de Jacob Zuma; la Fondation Zuma a nié tout lien.

Depuis la diffusion, l’ampleur des pièces rend visibles des relations d’affaires et des interventions diplomatiques qui avaient jusque-là circulé hors de la sphère publique. La présence répétée de noms et d’échanges impliquant des proches de chefs d’État crée une onde de choc politique et institutionnelle sur le continent, tant pour les gouvernements concernés que pour leurs partenaires internationaux.

Les documents proviennent d’une ouverture imposée par une loi votée fin 2025 aux États-Unis et couvrent des années allant de 2002 à 2016, période durant laquelle Jeffrey Epstein a entretenu des réseaux d’affaires internationaux et des contacts personnels avec des acteurs politiques africains.

Les pièces publiées montrent d’abord des liaisons commerciales et politiques établies par Epstein au Nigeria, au Kenya et en Côte d’Ivoire, où des courriels évoquent la vente d’un important système de surveillance à la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara. Elles révèlent ensuite des interventions directes, parfois via des intermédiaires, comme des échanges entre Epstein et Ehud Barak au sujet de contextes post-crise en 2012. Enfin, les documents comportent des correspondances mentionnant des proches de chefs d’État: le fils et la nièce du président ivoirien apparaissent dans des échanges, et Nina Keita, connue d’Epstein depuis 2002, figure plus de 300 fois dans les dossiers diffusés.

Ces éléments soulignent des mécanismes récurrents: l’utilisation de réseaux personnels pour ouvrir des portes politiques, la mise en relation d’intérêts privés et d’appareils étatiques, et la tentative d’exercer des pressions diplomatiques. Un exemple précis concerne le Sénégal: en janvier 2016 Epstein écrit vouloir intervenir pour Karim Wade, alors détenu, et mentionne avoir réglé un solde financier et souhaité exercer une influence auprès du président Macky Sall; Karim Wade a été gracié en juin 2016. Cet enchaînement de faits invite à s’interroger sur la nature des échanges et sur les voies par lesquelles des intérêts privés ont pu influer sur des décisions publiques.

La présence de personnalités africaines dans ces dossiers nuit gravement à la crédibilité internationale des États concernés parce que les documents montrent des proximités mal expliquées entre acteurs privés controversés et responsables publics. D’une part, la répétition de contacts et d’opérations commerciales laisse penser à des complicités mal gérées, sans chaînes de responsabilité administrative clairement retracées. D’autre part, la diffusion de courriels et de rencontres privées offre des éléments tangibles que la communauté internationale peut interpréter comme des failles de gouvernance.

La crédibilité est d’abord affectée sur le plan diplomatique: des partenaires étrangers évaluent la transparence des gouvernements à partir de preuves de conflits d’intérêts et d’interventions externes. En comparaison avec des affaires similaires dans d’autres régions, où la révélation de liens privés a entraîné enquêtes publiques et réformes institutionnelles, les États africains cités apparaissent moins préparés à fournir des explications structurées. Une seconde comparaison porte sur la confiance intérieure: lorsque la population découvre des connexions entre élites et acteurs douteux, le capital de confiance envers les institutions judiciaires et exécutives s’érode, ce qui fragilise la gouvernance au quotidien.

Les documents pointent des complicités qui semblent s’être nouées en marge des procédures officielles, sans transparence ni contrôle effectif. Les échanges impliquant des proches de chefs d’État et des intermédiaires politiques laissent apparaître une porosité entre intérêts privés et responsabilités publiques. Cette porosité se traduit par des risques concrets: décisions publiques influencées par des acteurs extérieurs, marchés publics potentiellement orientés, et imbrication d’intérêts personnels avec les missions de l’État. Les dossiers montrent aussi des tentatives d’instrumentalisation des réseaux personnels pour contourner des processus formels, ce qui met en lumière des lacunes dans les mécanismes de prévention des conflits d’intérêts.

Des données additionnelles renforcent ces constats: la mention répétée de Nina Keita plus de 300 fois dans les fichiers traduit une relation étroite et durable; la correspondance de 2012 entre Epstein et Ehud Barak aborde la vente d’un système de surveillance, transaction qui concerne la souveraineté technologique d’un État; l’échange de 2016 sur Karim Wade illustre comment des ressources financières et des pressions personnelles peuvent intervenir dans des dossiers judiciaires. Ces faits, pris isolément, restent des éléments de correspondance; assemblés, ils dessinent un schéma préoccupant d’influence privée sur des décisions publiques.

Les fichiers rendus publics en fin 2025 exposent des liaisons concrètes entre Jeffrey Epstein et des acteurs africains, allant de simples interlocuteurs à des proches de sommets étatiques. Les faits montrent une gestion défaillante des frontières entre intérêts privés et responsabilités publiques, ce qui porte atteinte à la crédibilité internationale des États concernés. Les preuves documentées — échanges répétés, interventions évoquées et connexions familiales — posent la question de la capacité des institutions à contrôler les conflits d’intérêts et à garantir une gouvernance transparente. Le défi posé est double: restaurer la confiance des partenaires extérieurs et réaffermir la rigueur des procédures internes pour éviter que des réseaux personnels ne pèsent sur la conduite des affaires publiques.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Mounass N.
Mis en ligne : 05/02/2026

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