Tournée présidentielle à l’Est : Attentes populaires, suites incertaines - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 07/02/2026 03:02:40

Tournée présidentielle à l’Est : Attentes populaires, suites incertaines

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Le président de la République Bassirou Diomaye Faye a entamé le 5 février 2026 à Tambacounda une tournée économique dans les régions orientales du Sénégal, accueilli à l’aérodrome de Tamba par les autorités administratives, territoriales et un détachement militaire. L’opération s’inscrit dans la continuité de l’action gouvernementale et dans la déclaration de 2026 comme « Année de l’emploi et de l’économie sociale et solidaire ».

La visite est présentée comme un déplacement à forte portée économique, sociale et stratégique visant à coordonner infrastructures, formation, agriculture, énergie et investissements. Dans la pratique, cette multiplication de déplacements suscite des interrogations sur la capacité réelle à financer et à pérenniser les projets annoncés, alors que le calendrier politique mêle communication et promesses devant des populations en attente.

La région de Tambacounda figure parmi les zones ciblées pour la valorisation du potentiel productif, avec des étapes prévues dans plusieurs localités de l’Est sénégalais afin de rencontrer les jeunes, les femmes et les opérateurs locaux.

Les annonces de tournées présidentielles sont fréquentes dans les agendas publics, mais les vérifications budgétaires montrent des écarts entre promesses et crédits disponibles. Le budget national pour 2026 a intégré des priorités en emploi et en économie sociale, cependant les documents budgétaires et les rapports parlementaires récents révèlent des marges de manœuvre limitées: la dette publique a augmenté au cours des dernières années et les réserves de financement extérieur se sont contractées, réduisant la capacité à assurer des financements pluriannuels. Les collectivités locales ont souvent attendu des transferts qui arrivent en retard, ce qui fragilise la mise en œuvre des projets d’infrastructure routière et d’électrification annoncés lors de précédentes visites.

Un élément factuel récurrent concerne les financements conditionnels: plusieurs projets d’agriculture irriguée et de formation professionnelle ont été présentés comme « prêts à démarrer» sous réserve d’accords de partenaires et de cofinancements. Dans des cas comparables, comme des programmes de développement rural lancés entre 2018 et 2023, l’exécution physique a atteint parfois moins de 50 % faute de versements complémentaires. La conséquence concrète pour les populations réside dans des sites aménagés mais inactifs, des centres de formation ouverts sans formateurs permanents, ou des emplois temporaires liés aux travaux de surface sans perspectives durables.

Les motivations politiques ne sont pas absentes de l’équation: une visite peut consolider une image de proximité et mobiliser un électorat rural, pendant que la préparation technique des dossiers suit un rythme différent. La juxtaposition entre discours et réalités financières apparaît dans des tableaux de dépenses où les lignes d’investissement opérationnel restent sous-dotées. Un responsable local cité lors d’une précédente mission a résumé la situation par cette observation: «Des annonces éclatent, mais les fonds tardent à arriver», phrase qui illustre la frustration vérifiable sur le terrain.

Les faits permettent d’étayer trois points précis. Premièrement, l’absence de calendrier de décaissement pluriannuel dans plusieurs projets structurants crée un risque élevé d’abandon. Deuxièmement, la dépendance aux cofinancements extérieurs rend la durabilité des initiatives vulnérable aux variations des marchés et aux priorités des bailleurs. Troisièmement, les retards de transfert entre l’État central et les collectivités compromettent l’opérationnalisation des infrastructures même lorsqu’elles sont engagées sur le papier. Des comparaisons entre campagnes précédentes et réalisations montrent un pattern répétitif qui alimente le scepticisme des bénéficiaires.

Les rapports budgétaires et quelques évaluations indépendantes publiées depuis 2024 indiquent que l’exécution des projets d’investissement public dans les régions rurales varie largement, avec des taux d’achèvement oscillant entre 30 % et 70 % selon les secteurs. Les données sur l’emploi local montrent que la création d’emplois pérennes reste marginale quand les financements ne garantissent pas la maintenance et la formation continue.

Les déplacements présidentiels dans l’Est sénégalais reposent sur des objectifs rappelés publiquement, mais les données budgétaires et les retours de terrain révèlent des faiblesses de financement et des risques de projets inachevés. Les populations attendent non seulement des annonces, mais des calendriers de décaissement et des garanties de pérennité financière. Sans ces éléments, les visites pourront renforcer la visibilité politique sans changer de manière durable les conditions économiques locales.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Maimouna B
Mis en ligne : 07/02/2026

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