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Le mercredi 3 février, l’influenceuse Khady Diop, dite « Maman Vulgaire », a été convoquée à la Brigade de recherches de Faidherbe et longuement entendue par le bureau des enquêtes cybercriminelles. Elle est accusée par Mariama Traoré, mère de Mame Ndiaye Savon, d’avoir diffusé ou transmis des vidéos intimes; son téléphone a été saisi pour expertise technique. Les échanges publics entre les protagonistes ont enflammé les réseaux ces derniers mois.
Je refuse l’idée que les plateformes restent de simples coulisses neutres dans cet enfer médiatique. Leur inertie n’est pas une fatalité; elle ressemble à une complicité silencieuse qui broie des vies privées pour des clics.
La plainte de la victime a traduit en justice un conflit devenu spectacle, amplifié par des Lives et des messages partagés sur des applications de messagerie, avec des relais internationaux cités dans les accusations.
Je trouve intolérable que des outils conçus pour connecter les gens servent aussi à détruire leur intimité sans frein efficace. Les réseaux sociaux et les messageries fonctionnent comme des autoroutes numériques où circulent des contenus intimes sans péage moral ni contrôle efficace. Les mécanismes de signalement sont lents, automatisés et souvent tributaires d’un algorithme qui confond image sensible et banalité virale. Pendant ce temps, la victime subit l’exposition et la suspicion, tandis que les vidéos continuent de voyager de téléphone en téléphone.
Les plateformes prétendent modérer, mais la réalité montre des délais qui permettent la dissémination irréversible. J’ai vu des cas où une vidéo se retrouvait sur plusieurs comptes avant même que le signalement ne soit traité. C’est comme mettre un pansement sur une blessure béante: inutile et tardif. Les messageries chiffrées aggravent le problème parce qu’elles échappent à la modération, ce qui transforme ces applications en refuges pour la diffusion sauvage. On peut comparer la situation à une ville qui manque de lampadaires: l’obscurité favorise les agressions. On peut aussi comparer l’économie de l’attention à une ruche où le buzz remplace la décence.
Les responsabilités sont partagées mais inégales. Les plateformes tirent des revenus énormes de contenus qui captent l’attention, or elles rechignent à investir dans des équipes humaines compétentes et dans des procédures rapides d’identification et de retrait. Les Etats tardent à imposer des obligations contraignantes, mais l’argument de la liberté d’expression ne peut plus servir de bouclier pour l’inaction face au chantage intime et à la diffamation. La justice fait son travail avec saisies et expertises, mais la procédure est souvent trop lente pour empêcher l’irréparable.
Je soutiens que les entreprises technologiques doivent changer de logique: prioriser la protection des personnes plutôt que la croissance des interactions. Il faut des délais légaux courts pour le retrait des images sensibles, des outils de détection plus fins qui associent l’intelligence artificielle à des revues humaines, et des mécanismes de traçabilité permettant d’identifier rapidement les premiers diffuseurs. Les États doivent exiger des rapports de transparence publics et des sanctions financières dissuasives pour les plateformes défaillantes. Enfin, les utilisateurs doivent être mieux informés et responsabilisés quant aux risques de partage.
Des études montrent que les contenus intimes retirés tardivement ont 90% de chances d’avoir été copiés ailleurs; des plateformes ont déjà expérimenté des équipes de crise capables de retirer massivement des fichiers en moins de 24 heures, preuve que c’est techniquement possible quand la volonté existe.
Je n’ai aucune indulgence pour l’immobilisme numérique: accepter que des vies soient exposées pour alimenter des feeds équivaut à normaliser la violence privée. Les réseaux sociaux et les messageries ne sont pas de simples outils neutres; ils portent une part de responsabilité morale et juridique que leurs dirigeants refusent trop souvent d’assumer. Si l’on veut protéger la vie intime, il faudra choisir entre l’omerta tech et la protection effective des victimes; pour ma part, le choix est fait.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Matar Niang.
Mis en ligne : 08/02/2026
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