Élections au Soudan du Sud : Même les morts sont convoqués - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 08/02/2026 09:02:00

Élections au Soudan du Sud : Même les morts sont convoqués

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Steward Sorobo, membre de l’Union démocratique unifiée, a été inscrit cet hiver parmi les membres d’un comité chargé d’organiser les élections au Soudan du Sud, bien qu’il soit décédé depuis cinq ans. Le président Salva Kiir a présenté des excuses, licencié un attaché de presse et l’administrateur du ministère des Affaires étrangères, tandis que la famille du défunt exige des réparations morales et culturelles. L’incident a déclenché une vague de moqueries sur les réseaux sociaux et mis en lumière un document officiel entaché d’erreurs.

Je refuse de laisser ce piège souriant au bon sens être traité comme une simple bourde administrative. Pour moi, la nomination d’un mort dans une liste officielle n’est pas seulement grotesque, elle est symptomatique d’un État qui perd ses moyens et qui expose ses institutions à la manipulation et à la fraude.

Le Soudan du Sud, indépendant depuis 2011, n’a jamais organisé d’élection nationale et a reporté le scrutin à décembre 2026 alors que les violences persistent; l’administration peine à tenir des registres fiables.

Ce faux pas amusant masque des failles profondes. Lorsqu’une administration capable d’inscrire un défunt sur une liste électorale survit sans audit sérieux, elle ouvre la porte à des pratiques plus sinistres. Je vois d’abord le risque de manipulation: une liste de candidats ou d’électeurs mal tenue devient un arsenal pour qui veut fabriquer des majorités artificielles, gonfler des chiffres ou faire disparaître des opposants administrativement. J’observe ensuite la vulnérabilité bureaucratique: des systèmes d’état civil défaillants, des bases de données mal synchronisées et des contrôles inexistants facilitent la fraude. Enfin, je note l’affaiblissement symbolique de l’État: quand des citoyens rient d’un document officiel, c’est la confiance qui s’effrite.

Le ridicule attire l’attention, mais il doit servir à enquêter. Une erreur isolée pourrait exister dans n’importe quel pays, mais l’enchaînement d’incidents similaires révèle un schéma. Des pays en transition qui n’ont pas organisé de scrutin éprouvent souvent des difficultés logistiques: absence d’infrastructures numériques, formation insuffisante des fonctionnaires et pression politique sur les services administratifs. Comparer cette situation avec celle d’États qui ont mené des réformes d’état civil montre la différence: quand la gestion des listes est professionnalisée, la fraude baisse et la légitimité monte. À l’inverse, laisser prospérer le désordre administratif revient à offrir un terrain fertile aux trafics de signatures, aux doubles inscriptions et aux manipulations à grande échelle.

Je suis convaincu que la solution exige plus que des excuses et des têtes qui tombent. Il faut des audits indépendants des registres, l’introduction de procédures de vérification croisées, la numérisation sécurisée des données et la formation des personnels chargés des listes électorales. Le facteur culturel invoqué par la famille du défunt mérite respect; la réponse publique doit être à la fois sensible et rigoureuse afin d’éviter que la réparation annoncée ne soit qu’une rustine médiatique.

Des études sur les élections fragiles montrent que les irrégularités administratives, même mineures, servent souvent d’alibi à des fraudes massives. Des observateurs internationaux ont déjà documenté des cas où des erreurs de listes ont été exploitées pour créer des électorats fictifs. J’anticipe que, sans réforme structurelle, le Soudan du Sud verra se multiplier ces incidents, qui finiront par neutraliser toute tentative de sortie de crise politique.

Je maintiens ma critique: cette nomination d’un mort est la face visible d’un malaise bureaucratique profond. Rire n’est pas la réponse. L’État qui tolère de telles bourdes se prive de la crédibilité nécessaire pour organiser des élections libres et équitables. Si les autorités veulent réellement préparer un scrutin crédible pour décembre 2026, elles doivent transformer cette humiliation en déclencheur de réformes sérieuses, et non en alibi pour des promesses maladroites. Autrement, les urnes risquent de rester un théâtre où l’on joue des pièces écrites par des registres défaillants.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 08/02/202
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