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Le jeudi à l’ouverture du dialogue national à Kigali, le président Paul Kagame a répondu aux menaces de sanctions des États-Unis visant à le contraindre à cesser tout soutien à la rébellion de l’AFC/M23 et à retirer des troupes rwandaises du territoire de la République démocratique du Congo. Le 22 janvier, une sous-commission de la Chambre des représentants américaine a apporté un soutien bipartisan à l’imposition de nouvelles sanctions contre le Rwanda. Kagame a déclaré que la présence rwandaise en RDC vise à se protéger d’une milice qu’il identifie aux responsables du génocide de 1994.
En ouverture, le ton du président a été ferme et explicite: il a dénoncé ce qu’il a qualifié de diktats internationaux et a affirmé la souveraineté nationale comme justification stratégique. Cette posture publique s’inscrit dans une ligne politique volontariste menée depuis plusieurs années, qui met la sécurité rwandaise au cœur des décisions extérieures.
Le dialogue national annuel se tient à Kigali dans un climat régional tendu depuis la résurgence des combats dans l’est de la RDC et l’activisme de l’AFC/M23 depuis 2021. Les relations entre Kigali et Kinshasa restent dégradées, tandis que la communauté internationale demande des comptes sur les interventions transfrontalières.
En revendiquant la souveraineté, Paul Kagame consolide une image de chef d’État déterminé à protéger sa population et les intérêts nationaux. Sur le plan factuel, Kigali répète régulièrement que ses actions sont motivées par des menaces sécuritaires liées aux auteurs du génocide de 1994, une affirmation que rejette Kinshasa. Les déclarations rwandaises s’accompagnent d’un discours visant à délégitimer les pressions extérieures: les autorités rwandaises estiment que des sanctions unilatérales ignoreraient les contraintes sécuritaires régionales et risqueraient d’affaiblir la capacité opérationnelle de leurs forces.
Cette stratégie a des effets concrets sur la scène régionale. D’un point de vue diplomatique, la fermeté de Kigali oblige les partenaires à prendre en compte la perception rwandaise des risques internes et transfrontaliers. D’un point de vue opérationnel, le maintien d’une présence rwandaise en RDC a permis, selon Kigali, de contenir des poches rebelles proches de la frontière, ce qui renforce l’argument de protection de la population rwandaise. Les États-Unis, pour leur part, ont utilisé le levier législatif: l’appui bipartisan de la sous-commission de la Chambre marque une volonté de sanctionner les comportements jugés déstabilisateurs.
Plusieurs faits étayent l’idée d’un leadership renforcé par l’affirmation de la souveraineté. Premièrement, la répétition publique des motifs sécuritaires par le président crée une ligne narrative cohérente, utile pour mobiliser l’opinion intérieure et légitimer les mesures de défense. Deuxièmement, le refus de céder aux injonctions extérieures montre une capacité de résistance politique: Kigali oppose la nécessité de sécurité souveraine aux pressions diplomatiques. Troisièmement, le rejet des accusations d’exploitation minière — illustré par la remarque selon laquelle le Rwanda serait «cent fois plus riche» s’il visait les minerais — sert à recentrer le débat sur la sécurité plutôt que sur des motivations économiques.
En affirmant la souveraineté de son pays, le président Kagame projette l’image d’un dirigeant qui impose le respect en région et qui se présente comme garant de la sécurité nationale. Cette posture se compare à des approches régionales plus conciliante, où des États privilégient la médiation, et se compare aussi à des réponses internationales plus coercitives, centrées sur les sanctions. Par ces contrastes, Kigali s’affirme comme acteur réactif face à ce qu’il perçoit comme des menaces historiques et immédiates.
Les données publiques montrent que l’instabilité dans l’est de la RDC persiste depuis plusieurs années, avec des ramifications transfrontalières. Les récentes résolutions et débats parlementaires américains traduisent une crispation occidentale; parallèlement, des initiatives de la Communauté d’Afrique de l’Est et des Nations unies visent à ouvrir des canaux de dialogue entre Kinshasa et Kigali.
Le discours de Paul Kagame au dialogue national combine revendication de souveraineté et argumentaire sécuritaire soigneusement articulé. Les faits disponibles indiquent que cette posture renforce sa stature domestique et contraint les partenaires régionaux et internationaux à ajuster leurs réponses. Face aux appels à des sanctions, le Rwanda met en avant la protection de sa population et la continuité d’une politique qui cherche à imposer le respect sur la scène régionale. Les tensions resteront un test pour la diplomatie et pour la viabilité d’un leadership basé sur la fermeté.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Francis F.
Mis en ligne : 08/02/2026
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