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Mahmoud Dicko, imam malien exilé en Algérie et chef de file du mouvement qui a contribué à la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, s’est exprimé le jeudi lors de la sixième Conférence africaine pour la promotion de la paix à Nouakchott, en Mauritanie. Il a préconisé des « solutions régionales » face à la violence djihadiste frappant le Sahel et a rejoint la Coalition des forces pour la République (CFR).
Après ces faits, le propos gagne en couleur: Dicko appelle à l’unité des Maliens et promet de ramener la paix. Sa phrase d’engagement sonne simple et circulaire: « Notre objectif est d’œuvrer pour ramener la paix dans le pays. » Le ton est rassurant, le message séduisant pour une opinion en quête de repères, mais la présence d’un acteur lié au coup d’État de 2020 soulève des questions plus lourdes que le slogan.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger subissent depuis plusieurs années des attaques de groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique, poussant des militaires et des acteurs civils à proposer des réponses politiques et sécuritaires variadas.
La confiance accordée à Mahmoud Dicko et à la Coalition des forces pour la République s’inscrit dans un paysage politique déjà ébranlé par l’intervention militaire de 2020. Le rôle actif de Dicko dans le mouvement politique qui a contribué à renverser Ibrahim Boubacar Keïta est un fait documenté, et cette trajectoire crée une porosité entre mobilisation populaire et prise de pouvoir extra-constitutionnelle. La normalisation d’acteurs qui ont participé à une rupture de l’ordre démocratique présente un risque tangible pour la restauration d’institutions stables.
Un premier élément factuel pèse lourd: la légitimité des institutions maliennes a été affaiblie par la série de coups et de transitions successives depuis 2020. Quand une figure associée à un coup revient au premier plan, la perception publique de l’impartialité des institutions risque de se détériorer davantage. Les partenaires internationaux et les bailleurs observent ces recompositions avec prudence, ce qui se traduit parfois par des suspensions d’aides ou par des conditions strictes pour la coopération.
Ensuite, la normalisation de la violence politique est perceptible dans la manière dont le recours à la force devient un itinéraire possible pour accéder au pouvoir. L’exemple du Mali se compare à d’autres pays de la région où des acteurs non civils ont pris le contrôle et où la transition vers des institutions civiles a été lente, voire bloquée. Cette comparaison illustre que la répétition de telles trajectoires forge des precedents dangereux pour la démocratie régionale.
Sur le plan concret, la présence inflexible d’un leader lié au putsch affaiblit la confiance des citoyens dans les élections à venir et dans la justice transitionnelle. Les coups d’État laissent des séquelles institutionnelles: cadres administratifs vidés de leur neutralité, magistrature sous pression et parlementalismes fragilisés. Ces conséquences sont observables dans des bilans récents de gouvernance qui montrent une régression des indicateurs de confiance institutionnelle.
La montée en visibilité de la CFR et l’appel à l’unité ne compensent pas ces handicaps structurels. La réconciliation et la sécurité demandent des mécanismes transparents et des acteurs perçus comme impartiaux, conditions difficiles à réunir quand la mémoire d’un coup est encore fraîche.
Des études sur les transitions post-coup montrent que les pays où les acteurs civils ou religieux impliqués dans des ruptures constitutionnelles reprennent une place centrale voient la consolidation démocratique retardée de plusieurs années. Les trajectoires de court terme privilégient souvent des accords de pouvoir informels plutôt que des réformes institutionnelles durables, ce qui renforce l’instabilité et offre un terrain fertile aux groupes armés.
Les faits sont simples et bruissants: un imam influent, acteur de la crise de 2020, revient sur la scène en promettant la paix et en rejoignant une coalition politique. Cette réalité pose un dilemme évident pour la restauration démocratique: remettre la confiance à une personnalité liée à une rupture institutionnelle risque de banaliser la violence politique et d’affaiblir les institutions dont le pays a besoin pour sortir durablement de la crise. Gagner la paix demande plus que des promesses; cela exige des garanties institutionnelles que la répétition des mêmes trajectoires rend difficiles à imaginer.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Salif Traoré.
Mis en ligne : 14/02/2026
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